Tu as entendu une copine raconter qu’on lui a “fait une épisio sans lui demander”. Une autre dit qu’elle a eu une déchirure parce que le médecin a justement refusé d’en faire une. Tu lis sur les forums que c’est barbare, ailleurs qu’il vaut mieux ça que se déchirer. Bref, tu ne sais plus quoi penser.
Je comprends ce flou. L’épisiotomie a longtemps été pratiquée de façon quasi systématique, surtout pour les premières grossesses. Aujourd’hui, la pratique a radicalement changé : en 2021, seulement 8,3 % des accouchements en France ont donné lieu à une épisiotomie, contre 20,1 % en 2016 (INSERM, ENP 2021, 2022).
Je t’explique dans ce guide ce qu’est vraiment une épisiotomie, quand elle est indiquée, comment ça se passe, et surtout comment bien cicatriser dans les semaines qui suivent.
L’essentiel à retenir
L’épisiotomie est une incision du périnée réalisée à l’expulsion pour faciliter la sortie du bébé (Ameli.fr, 2025).
En France, le taux est passé de 25,8 % en 2010 à 8,3 % en 2021 , la pratique est désormais restrictive (INSERM, ENP 2021, 2022).
Elle n’est pas recommandée systématiquement lors d’un accouchement normal selon le CNGOF, RPC 2018.
Si elle est nécessaire, l’incision est médio-latérale (à 45° vers la cuisse) pour limiter le risque de lésion du sphincter anal.
Tu peux refuser l’épisiotomie en dehors de l’urgence vitale , c’est ton droit, à inscrire dans ton projet de naissance.
Découvre notre guide sur la péridurale : tout savoir avant le jour J.
Qu’est-ce qu’une épisiotomie exactement ?
L’épisiotomie est un acte chirurgical réalisé au moment de l’expulsion du bébé. Concrètement, la sage-femme ou l’obstétricien pratique une incision d’environ 4 à 6 cm sur le périnée, juste avant que la tête du bébé ne sorte.
Le périnée, c’est l’ensemble des muscles qui ferment le bas du bassin, entre la vulve et l’anus. Il soutient l’utérus, la vessie et le rectum. À l’accouchement, il s’étire énormément pour laisser passer le bébé.
L’objectif de l’incision est d’agrandir mécaniquement l’orifice vulvaire pour faciliter le passage du bébé, dans des situations très précises (Ameli.fr, 2025).
Deux techniques existent dans le monde :
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L’épisiotomie médio-latérale , l’incision part de la fourchette vulvaire et descend en oblique vers la cuisse, à environ 45°. C’est la seule technique pratiquée en France et recommandée par le CNGOF (CNGOF, RPC 2018).
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L’épisiotomie médiane , l’incision part de la fourchette et descend tout droit vers l’anus. Plus simple à recoudre mais avec un risque beaucoup plus élevé de lésion du sphincter anal. Cette technique n’est pas utilisée en France.
Pourquoi le taux d’épisiotomie a-t-il autant baissé ?
Pendant des décennies, l’épisiotomie a été présentée comme une protection. On disait qu’elle évitait les déchirures graves, qu’elle protégeait le périnée à long terme, qu’elle facilitait la cicatrisation.
Les études scientifiques ont prouvé l’inverse. L’épisiotomie systématique ne protège pas des déchirures sévères ni des problèmes de continence à long terme. Au contraire, elle peut entraîner plus de douleur post-partum, des dyspareunies (douleurs aux rapports) et un risque équivalent voire supérieur de complications par rapport aux déchirures naturelles.
En France, l’évolution est claire :
| Année | Taux d’épisiotomie en France |
|---|---|
| 2010 | 25,8 % |
| 2016 | 20,1 % |
| 2021 | 8,3 % |
(INSERM, ENP 2021, 2022)
Le tournant date des recommandations CNGOF de 2005, qui ont appelé à une pratique restrictive. Ces recommandations ont été renforcées en 2018 : l’épisiotomie n’est plus recommandée pour réduire le risque de lésion obstétricale du sphincter anal lors d’un accouchement normal (CNGOF, RPC 2018).
Bonne nouvelle : cette baisse spectaculaire ne s’est pas accompagnée d’une augmentation des déchirures sévères du sphincter anal, dont la prévalence reste stable autour de 0,8 % en France (CNGOF, RPC 2018).
Dans quels cas l’épisiotomie est-elle indiquée aujourd’hui ?

L’épisiotomie n’est plus pratiquée “par précaution”. Elle est réservée à des situations précises où elle apporte un bénéfice clair pour la maman ou le bébé.
Indications retenues par le CNGOF :
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Souffrance fœtale aiguë , le bébé doit naître très vite et le périnée résiste
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Extraction instrumentale difficile , utilisation de forceps ou de ventouse dans certaines présentations
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Manœuvre obstétricale , dystocie des épaules, présentation par le siège dans certains cas
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Périnée court ou très tendu menaçant de se déchirer en direction de l’anus (jugement clinique au cas par cas)
Ce qui n’est PLUS une indication systématique :
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Une première grossesse (sauf situation spécifique)
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Un gros bébé suspecté à l’échographie
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Une présentation postérieure
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Un travail long
La décision se prend dans la seconde, en pleine expulsion, par la personne qui t’accompagne (sage-femme ou obstétricien). Elle est censée justifier son geste a posteriori.
Comment se déroule une épisiotomie ?
C’est souvent l’inconnu qui fait peur. Voici exactement ce qui se passe.
Étape 1. L’anesthésie
Si tu as une péridurale en place, l’effet couvre déjà la zone , tu ne sens rien. Sans péridurale, la sage-femme pratique une anesthésie locale par injection avant l’incision. L’épisiotomie réalisée sans anesthésie n’est pas conforme aux bonnes pratiques (Ameli.fr, 2025).
Étape 2. L’incision
Elle est faite avec des ciseaux courbes stériles, au moment exact où la tête du bébé “couronne” (apparaît à la vulve). L’incision part de la fourchette et descend en oblique vers la cuisse, à environ 45°. Elle mesure 4 à 6 cm.
Étape 3. L’expulsion
Le bébé sort dans les minutes qui suivent. Tu n’as pas le temps d’y penser , la concentration est sur les poussées.
Étape 4. La suture
Une fois le bébé né et le placenta expulsé, le médecin ou la sage-femme recoud la plaie, sous la même anesthésie. La suture se fait plan par plan :
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La muqueuse vaginale
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Le muscle périnéal
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La peau
Aujourd’hui, la technique recommandée est la suture continue avec fil résorbable , pas besoin de retirer les points, ils fondent en 2 à 4 semaines (CNGOF, RPC 2018).
| Étape | Durée |
|---|---|
| Anesthésie locale (si pas de péridurale) | 1-2 minutes |
| Incision | Quelques secondes |
| Expulsion du bébé | Variable |
| Suture | 15 à 30 minutes |
Peut-on refuser l’épisiotomie ?
Oui. Le principe du consentement éclairé s’applique à tous les actes médicaux, y compris l’épisiotomie. Tu as le droit de refuser cet acte, sauf en cas d’urgence vitale immédiate pour toi ou ton bébé.
Concrètement, comment faire ?
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Inscris ton refus dans ton projet de naissance et discutes-en avec la sage-femme ou l’obstétricien lors d’une consultation prénatale.
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Demande qu’on t’avertisse avant le geste, sauf si la situation est vraiment urgente.
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Sache qu’en cas d’urgence vitale, l’équipe doit agir vite , la discussion préalable n’est alors pas toujours possible. C’est une exception, pas la règle.
Important : un refus ne change pas le risque de déchirure naturelle. Une déchirure se répare aussi par suture, exactement comme une épisiotomie. Aujourd’hui, les déchirures spontanées superficielles cicatrisent souvent mieux qu’une épisiotomie. Discute-en sereinement avec ta sage-femme.
Combien de temps dure la cicatrisation d’une épisiotomie ?
La cicatrice d’épisiotomie évolue en plusieurs phases. C’est l’une des questions qui revient le plus souvent dans notre communauté.
Les premiers jours (J0 à J5)
C’est la phase la plus inconfortable. Tu peux ressentir :
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Une douleur lancinante au repos, plus vive en position assise
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Une sensation de tiraillement quand tu marches
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Des picotements ou des élancements
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Des difficultés à uriner ou à aller à la selle
Les antalgiques (paracétamol, anti-inflammatoires sur prescription) sont systématiquement proposés à la maternité.
Semaine 1 à 3
La douleur diminue progressivement. Les fils résorbables commencent à tomber. La zone reste sensible, surtout en position assise prolongée.
Semaine 4 à 6
La cicatrisation est généralement complète en surface. La cicatrice peut tirer un peu en cas de gros effort. Les premières relations sexuelles peuvent être inconfortables.
Au-delà de 2 mois
La cicatrice s’assouplit progressivement. Chez certaines femmes, des douleurs persistent (dyspareunie, sensibilité au toucher). Si c’est ton cas, n’hésite pas à en parler lors de ta visite post-natale , il existe des solutions (rééducation, massage cicatriciel, ostéopathie).
| Phase | Durée | Aspect |
|---|---|---|
| Inflammatoire | 0-5 jours | Rouge, sensible, parfois œdème |
| Cicatrisation | 5 jours – 3 semaines | Tiraillements, fils qui tombent |
| Remodelage | 3 semaines – 3 mois | Plus souple, cicatrice rosée |
| Maturation | 3 à 12 mois | Cicatrice blanche et souple |
Comment soulager la douleur les premiers jours ?

La douleur de l’épisiotomie est gérable avec quelques gestes simples. Voici ce qui marche vraiment.
Au quotidien :
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Toilette douce , à l’eau claire après chaque passage aux toilettes, puis séchage par tamponnement (pas de frottement)
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Sous-vêtements en coton , éviter le synthétique qui macère
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Serviettes hygiéniques classiques (pas de tampons ni de cup pendant les lochies)
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Position allongée sur le côté pour décharger le périnée
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Coussin “donut” ou bouée de plage pour t’asseoir sans appuyer directement sur la cicatrice
Pour calmer la douleur :
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Paracétamol , 1 g toutes les 6 heures, en première intention
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Anti-inflammatoires (ibuprofène) , compatibles avec l’allaitement, sur prescription
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Application de froid , poche de glace enveloppée dans un linge, 10 à 15 minutes plusieurs fois par jour les 48 premières heures
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Bain de siège tiède , 10 minutes, 1 à 2 fois par jour à partir du 2e jour, pour soulager et nettoyer
Pour la première selle (souvent redoutée) :
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Bois beaucoup d’eau
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Prends ton temps, ne pousse pas en force
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Maintiens la cicatrice avec une compresse propre pendant l’effort
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Si tu es constipée, demande un laxatif doux à ton médecin
Tu trouveras la liste complète des indispensables dans notre trousse de survie post-partum.
Quels sont les signes d’une cicatrisation qui se passe mal ?
Dans l’immense majorité des cas, l’épisiotomie cicatrise sans souci. Mais il faut savoir reconnaître les signes d’infection ou de désunion de la cicatrice.
Consulte rapidement si :
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Rougeur intense qui s’étend autour de la cicatrice
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Chaleur locale anormale
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Écoulement purulent ou liquide jaunâtre malodorant
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Fièvre supérieure à 38 °C
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Douleur qui augmente au lieu de diminuer après 3-4 jours
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Saignement abondant et brusque
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Désunion , la plaie s’ouvre, on voit les plans profonds
La sage-femme à domicile (PRADO) ou ton médecin peut t’examiner facilement. En cas d’infection, des antibiotiques sont prescrits et la cicatrice est éventuellement reprise.
L’épisiotomie peut-elle laisser des séquelles à long terme ?
La grande majorité des femmes récupère complètement. Quelques séquelles possibles :
Dyspareunie (douleurs aux rapports)
Très fréquentes les 2-3 premiers mois après l’accouchement, qu’il y ait eu épisiotomie ou non. Si la gêne persiste au-delà de 6 mois, parles-en lors de ta visite post-natale. La rééducation périnéale et le massage cicatriciel sont souvent très efficaces. Consulte notre guide sur la rééducation périnéale après accouchement.
Bride cicatricielle
Une cicatrice trop tendue peut créer une “corde” douloureuse. Le massage cicatriciel quotidien à partir de 4-6 semaines (cicatrice fermée) permet d’assouplir. Une consultante en rééducation périnéale ou un kinésithérapeute peut t’apprendre les bons gestes.
Troubles de la sensibilité
Sensations modifiées autour de la cicatrice, picotements, “fourmis”. Ces symptômes s’estompent généralement en 6 à 12 mois.
Incontinence urinaire
Plus liée à la grossesse et à l’accouchement en général qu’à l’épisiotomie elle-même. La rééducation périnéale après accouchement, prise en charge à 100 %, traite efficacement ce problème dans la plupart des cas.
L’épisiotomie est-elle prise en charge ?
Oui. Comme tous les actes médicaux liés à l’accouchement, l’épisiotomie est prise en charge à 100 % par l’Assurance maladie, sans avance de frais ni dépassement d’honoraires dans le secteur public et conventionné secteur 1 (Ameli.fr, 2025).
Les soins post-partum (consultations de sage-femme à domicile via PRADO, rééducation périnéale, visite post-natale) sont également couverts.
FAQ , Questions fréquentes sur l’épisiotomie
Est-ce qu’on me préviendra avant de faire l’épisiotomie ?
Oui, sauf en cas d’urgence absolue. Les bonnes pratiques recommandent d’informer la femme avant le geste. Si tu as inscrit ton refus dans ton projet de naissance, ce dialogue est encore plus important. En urgence vitale (souffrance fœtale aiguë par exemple), la décision est prise en quelques secondes et la justification est donnée a posteriori. (CNGOF, RPC 2018)
Vaut-il mieux une épisiotomie ou une déchirure naturelle ?
Les études récentes montrent qu’une déchirure spontanée de faible degré cicatrise souvent mieux qu’une épisiotomie. C’est pour cela que la pratique restrictive est aujourd’hui la règle en France. Une déchirure du 1er ou 2e degré se répare exactement comme une épisiotomie et entraîne moins de douleur post-partum. Les déchirures sévères (3e et 4e degré, touchant le sphincter anal) sont rares (0,8 % des accouchements) et l’épisiotomie n’a pas prouvé sa capacité à les prévenir. (CNGOF, RPC 2018)
Le massage du périnée pendant la grossesse réduit-il le risque d’épisiotomie ?
Oui, modestement. Le massage périnéal pendant les 4 à 6 dernières semaines de grossesse (à partir de 34 SA) est recommandé chez les femmes qui le souhaitent. Il réduit le risque de traumatisme périnéal et donc le recours à l’épisiotomie. La technique s’apprend en consultation prénatale avec ta sage-femme. (CNGOF, RPC 2018)
Quand peut-on recommencer le sport après une épisiotomie ?
La marche douce est possible dès la sortie de la maternité. Les autres activités doivent attendre la fin de la rééducation périnéale, soit environ 6 à 10 semaines après l’accouchement. Les sports à impact (course, saut) attendent 3 à 4 mois minimum, après validation par ta sage-femme.
Une épisiotomie une première fois signifie-t-elle qu’on en aura une la fois suivante ?
Non. Chaque accouchement est différent. Avoir eu une épisiotomie lors d’un premier accouchement n’implique pas qu’il en sera fait une seconde. Les chances de ne pas avoir de nouvelle épisiotomie sont même très élevées si l’accouchement se déroule normalement.
Peut-on accoucher à domicile en refusant toute épisiotomie ?
En accouchement à domicile (AAD) accompagné par une sage-femme, la pratique de l’épisiotomie est très rare. La sage-femme à domicile privilégie le respect du périnée et a le matériel pour suturer une déchirure si nécessaire. En cas de complication, le transfert en maternité est organisé.
Ce qu’il faut retenir
L’épisiotomie est aujourd’hui un acte rare en France, réservé à des situations précises. La pratique restrictive ne t’expose pas davantage aux complications , bien au contraire. L’essentiel est de t’informer, de discuter avec ton équipe et de te sentir actrice de ton accouchement.
Tes 5 repères :
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8,3 % seulement , c’est le taux d’épisiotomie en France en 2021, contre 25,8 % en 2010 (INSERM, ENP 2021)
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Pas de geste systématique , l’épisiotomie n’est plus recommandée par défaut, même pour une première grossesse
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Tu peux refuser , inscris ta préférence dans ton projet de naissance et discute-en en consultation prénatale
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Cicatrisation en 4 à 6 semaines , antalgiques, toilette douce, position adaptée, glace les premières heures
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Rééducation périnéale , systématique en post-partum, elle prévient et soulage les éventuelles séquelles
Consulte notre guide sur la césarienne : déroulement, récupération et conseils pratiques.
Par Emma Hally, fondatrice de Secrets de Maman.
Cet article est basé sur les recommandations du CNGOF, de l’INSERM et de l’Assurance maladie. Il ne se substitue pas à un avis médical. Consulte ta sage-femme ou ton obstétricien pour un accompagnement personnalisé.
Sources :