Ton bébé hurle depuis une heure. Il est inconsolable. Tu as tout essayé : le sein, le biberon, la couche, le bercement. Rien. Et toi, tu es épuisée, tu culpabilises, tu te demandes si tu rates quelque chose.
Voilà la réalité des coliques. Et voilà ce que j’aurais aimé entendre quand j’en vivais une : ce n’est pas de ta faute. Ton bébé va bien. Et ça va passer.
L’essentiel à retenir
Les coliques touchent 1 bébé sur 4 — tu n’es pas seule dans cette situation
Elles ne font pas de mal au bébé sur le long terme, même si c’est épuisant
Il n’existe pas de traitement miracle mais plusieurs approches peuvent aider
La règle des 3 de Wessel aide à reconnaître les vraies coliques
Consulter le pédiatre si les pleurs s’accompagnent d’autres symptômes
C’est quoi exactement les coliques du nourrisson ?
Les coliques du nourrisson (ou coliques infantiles) ne sont pas une maladie. C’est un syndrome clinique — c’est-à-dire un ensemble de symptômes sans cause organique clairement identifiée.
La définition médicale de référence reste celle de Wessel (critères des “3 fois 3”) :
– Pleurs ou irritabilité > 3 heures par jour
– > 3 jours par semaine
– Pendant > 3 semaines consécutives
– Chez un bébé par ailleurs en bonne santé et bien nourri
(Ameli.fr, 2024)
En pratique, la plupart des médecins utilisent une définition plus large : un bébé qui pleure beaucoup, de façon inexpliquée, souvent en fin d’après-midi ou en soirée.
Ce que les coliques ne sont pas :
– Une infection ou maladie
– Un signe que bébé a faim
– Un signe que le lait maternel “ne convient pas”
– Une conséquence d’une erreur parentale
Comment reconnaître les pleurs de coliques ?

Les coliques ont un profil de pleurs très caractéristique :
Les signes typiques :
– Pleurs intenses, aigus, difficiles à consoler
– Visage rouge, crispé
– Poings serrés
– Jambes qui se replient sur le ventre puis s’étendent
– Ventre dur ou ballonné
– Heure fixe : souvent entre 17h et 22h (les fameux “pleurs du soir”)
– Émission possible de gaz
Le schéma temporel :
Les coliques suivent souvent un pattern prévisible dans la journée. Les pleurs durent entre 30 minutes et plusieurs heures, puis s’arrêtent — souvent aussi brusquement qu’ils ont commencé.
Ce qui est rassurant :
– Bébé se calme pour téter (même brièvement)
– Bébé mange bien et grandit normalement
– Il a des périodes calmes dans la journée
– Pas de fièvre, pas de vomissements importants, pas de sang dans les selles
Quelles sont les causes des coliques ?
Honnêtement, la science ne sait pas encore avec certitude. C’est frustrant — mais c’est la vérité.
Plusieurs hypothèses font consensus :
1. L’immaturité du système digestif
Le tube digestif du nourrisson est encore en développement. La flore intestinale se met en place, la motilité (les mouvements intestinaux) n’est pas encore bien régulée. Gaz et transit difficiles peuvent expliquer l’inconfort.
2. Le déséquilibre de microbiote
Des études récentes (INSERM, 2023) montrent que les bébés avec coliques ont une composition différente de microbiote intestinal : moins de bactéries Lactobacillus, plus de bactéries produisant du gaz.
3. La sensibilité viscérale
Certains bébés auraient un seuil de sensibilité à la douleur digestive plus bas que d’autres. Les mêmes signaux digestifs seraient vécus comme plus intenses.
4. La surcharge sensorielle
Le système nerveux immature du nouveau-né peut être facilement “débordé” par les stimulations de la journée. Les pleurs du soir seraient une façon de “décompresser”. Ce n’est pas une douleur, mais un besoin intense de décharge.
5. La prise d’air pendant les tétées
Un positionnement inadéquat au sein ou au biberon peut entraîner une ingestion d’air, source de douleurs et de gaz.
Est-ce que mon alimentation influence les coliques (allaitement) ?
C’est une question qui revient souvent. La réponse est nuancée.
Pour la majorité des bébés allaités : L’alimentation de la maman n’a pas d’impact prouvé sur les coliques. Inutile d’éliminer tous les aliments “suspects” par précaution. (Ameli.fr, 2024)
Dans certains cas, une allergie aux protéines de lait de vache (APLV) peut provoquer des pleurs intenses. Mais ce n’est pas une colique classique — c’est une vraie allergie. Les signes d’APLV sont différents :
– Régurgitations importantes
– Eczéma
– Sang dans les selles
– Difficultés à prendre du poids
Si tu suspectes une APLV, parle-en à ton pédiatre. Ne supprime pas le lait sans avis médical.
Pour tout savoir sur ce choix, consulte notre guide allaitement ou biberon.
Pour les bébés au biberon : Changer de formule n’est pas systématiquement utile. Une formule “anti-coliques” ou à base de protéines hydrolysées peut parfois aider, mais l’évidence scientifique reste limitée.
Les 10 solutions pour soulager les coliques
Il n’existe pas de traitement miracle. Mais il existe des approches qui fonctionnent pour beaucoup de bébés. L’idée, c’est de trouver ce qui marche pour le tien.
1. Le portage
Tenir bébé contre toi, à la verticale, en mouvement. La chaleur de ton corps, le bruit de ton cœur, le mouvement — tout ça est extrêmement apaisant. Un porte-bébé physiologique libère tes mains pour le reste.
2. La position sur le ventre (sur tes genoux)
Allonge bébé sur le ventre en travers de tes genoux, tête d’un côté. Frotte doucement son dos. La légère pression sur le ventre soulage les gaz. À faire uniquement quand bébé est éveillé et surveillé — jamais pour dormir.
3. Le massage abdominal
Le massage du ventre dans le sens des aiguilles d’une montre (sens du transit) peut aider à évacuer les gaz. Fais-le en dehors des crises, quand bébé est calme. Utilise une huile neutre (huile d’amande douce). Des kinésithérapeutes ou ostéopathes pédiatriques peuvent t’apprendre les bons gestes.
4. Le bruit blanc
Des sons répétitifs — aspirateur, bruit de pluie, ventilateur — imitent les sons de l’utérus et peuvent calmer bébé rapidement. Des applis de bruit blanc ou des peluches musicales font ça très bien. Pour en savoir plus sur l’efficacité du bruit blanc, consulte notre article sur les solutions quand bébé ne dort pas.
5. Le mouvement rythmique
Bercer, marcher, se balancer. Le mouvement stimule le système vestibulaire de bébé et a un effet calmant prouvé. Une promenade en voiture (le bruit du moteur + vibrations) fait souvent des miracles.
6. Réduire la prise d’air
- Au sein : vérifie la prise en bouche (tout l’aréole doit être dans la bouche)
- Au biberon : tête légèrement inclinée, biberon à 45°, tétine adaptée au débit
- Faire roter après chaque tétée et à mi-tétée si possible
7. La chaleur
Une bouillotte tiède (jamais chaude) enveloppée dans une serviette posée sur le ventre peut soulager. Ne la pose pas directement sur la peau.
8. Le peau à peau
Le contact peau à peau régule la température de bébé, son stress hormonal, et son système nerveux. C’est une des approches les plus validées scientifiquement. (INSERM, 2023)
9. La réduction des stimulations le soir
Si les pleurs arrivent systématiquement le soir, réduire les stimulations en fin d’après-midi peut aider : lumières douces, voix calme, moins de visiteurs, moins d’excitation.
10. L’ostéopathie pédiatrique
De nombreuses mamans rapportent une amélioration après 1 à 3 séances d’ostéopathie pédiatrique. La recherche scientifique reste limitée, mais plusieurs études observationnelles montrent un effet positif. Choisis un ostéopathe formé spécifiquement à la pédiatrie. (Cochrane, 2022)
Et les médicaments, les probiotiques — ça marche ?
Lactobacillus reuteri DSM 17938 (probiotique)
C’est le probiotique le plus étudié dans les coliques. Les résultats sont encourageants chez les bébés allaités : réduction significative du temps de pleurs dans plusieurs études. L’effet est moins clair pour les bébés au biberon. (Cochrane — Probiotiques coliques, 2023)
Si tu allaites, parles-en à ton pédiatre. Les gouttes de Lactobacillus reuteri (Biogaia, Lolilab…) sont disponibles sans ordonnance.
Simethicone (Météospasmyl, Infacol…)
Censée dissoudre les bulles de gaz, la siméthicone est souvent prescrite ou conseillée. Mais les méta-analyses récentes montrent pas d’efficacité supérieure au placebo. Elle reste sans danger — mais ne compte pas dessus comme solution miracle. (PubMed — Méta-analyse, 2023)
Phytothérapie
Des produits à base de fenouil, verveine ou camomille sont souvent proposés. Certaines études montrent un léger effet. Mais attention aux tisanes non adaptées aux nourrissons — certaines peuvent être dangereuses. Ne donne rien à ton bébé sans avis pédiatrique.
Quand est-ce que les coliques s’arrêtent ?
C’est la question que toutes les mamans épuisées posent. Et la réponse est globalement rassurante.
La timeline classique des coliques :
– Début : semaine 2 à 4 de vie
– Pic : semaine 6
– Amélioration nette : 2-3 mois
– Disparition quasi complète : 3-4 mois pour 90 % des bébés
(Ameli.fr, 2024)
Ce n’est pas une consolation quand tu vis le pic. Mais savoir que la fin est prévisible et proche peut aider à tenir.
Quand consulter le pédiatre en urgence ?
Les coliques classiques ne nécessitent pas de consultation urgente. Mais certains signes doivent t’alerter :
| Signe | Action |
|---|---|
| Fièvre > 38°C chez moins de 3 mois | Urgences pédiatriques |
| Sang dans les selles | Consultation pédiatre rapide |
| Vomissements importants, en jet | Consultation pédiatre |
| Mauvaise prise de poids | Consultation pédiatre |
| Bébé inconsolable + ventre très dur | Consultation pédiatre rapide |
| Pleurs qui changent de caractère (plus aigus, différents) | Consulte |
Les coliques “normales” ne font pas maigrir un bébé. Si ton bébé pleure beaucoup mais mange bien, grandit bien et a des périodes calmes — c’est probablement des coliques classiques.
Prendre soin de toi aussi

Je parle souvent de bébé dans cet article. Mais toi, tu traverses ça aussi. Et c’est épuisant, angoissant, parfois désespérant.
Ce qu’il faut savoir :
– Entendre son bébé pleurer intensément déclenche une réponse de stress physiologique chez les parents. C’est normal de se sentir au bout du rouleau.
– Poser bébé en sécurité dans son lit et sortir 5-10 minutes n’est pas un mauvais geste parental. C’est une nécessité.
– Demander de l’aide (partenaire, famille, amis) n’est pas une faiblesse.
– Pense à consulter notre trousse de survie post-partum pour t’équiper au mieux pendant cette période.
Si tu te sens dépassée, que tu as des pensées intrusives ou que tu ne te sens plus capable de t’occuper de ton bébé — parle à ton médecin. La dépression post-partum peut survenir (ou s’aggraver) pendant la période des coliques. Notre guide sur le baby blues et la dépression post-partum peut t’aider à reconnaître les signaux.
Rappelle-toi : Les coliques ne sont pas un reflet de ta parentalité. Tous les styles d’attachement, tous les types de familles peuvent avoir un bébé avec coliques. Ce n’est jamais de ta faute.
FAQ — Questions fréquentes sur les coliques du nourrisson
Est-ce que les coliques peuvent durer jusqu’à 6 mois ?
C’est rare mais possible. On parle de coliques “persistantes” quand elles se prolongent au-delà de 4 mois. Dans ce cas, une consultation pédiatrique approfondie s’impose pour éliminer une cause organique (RGO, APLV, intolérance au lactose). (Ameli.fr, 2024)
Mon bébé a des coliques et du RGO. C’est lié ?
Le RGO (reflux gastro-œsophagien) et les coliques peuvent coexister. Le RGO a ses propres signes (régurgitations fréquentes, arc en arrière, pleurs pendant et après les tétées). Un pédiatre peut vous aider à distinguer les deux et à adapter la prise en charge.
Est-ce que les coliques sont héréditaires ?
Il n’existe pas de lien héréditaire clairement établi. En revanche, un terrain anxieux parental peut parfois amplifier la transmission du stress à bébé — pas par “mauvaise parentalité”, mais parce que les bébés sont très sensibles au stress de leurs parents. (INSERM — Microbiote intestinal, 2023)
Mon bébé nourri au biberon a-t-il plus de coliques que les bébés allaités ?
Les études sont contradictoires. Certaines montrent un taux légèrement plus élevé chez les bébés au biberon, d’autres pas de différence. Le type d’alimentation seul n’explique pas les coliques. (Ameli.fr, 2024)
Le shiatsu ou l’acupuncture pour bébé — ça marche ?
Des études préliminaires existent mais restent insuffisantes pour recommander ces approches de façon officielle. Si tu veux essayer, choisis un praticien certifié en pédiatrie. Ne remplace jamais le suivi médical par ces approches.
Ce qu’il faut retenir
Les coliques sont un passage difficile mais temporaire. L’essentiel est de savoir que ce n’est pas de ta faute, que ça va passer, et qu’il existe des solutions pour soulager ton bébé.
Tes 6 repères :
-
Les coliques touchent 1 bébé sur 4 — c’est fréquent, ça ne dure pas, et ce n’est pas de ta faute
-
Le pic est à 6 semaines, la fin est quasi certaine avant 3-4 mois
-
Portage, chaleur, mouvement : les solutions les plus efficaces et les plus prouvées
-
L. reuteri peut aider chez les bébés allaités — demande à ton pédiatre
-
Fièvre + pleurs = urgences — ne pas attendre avec un bébé de moins de 3 mois
-
Pose bébé et souffles si tu en as besoin — prendre soin de toi, c’est prendre soin de lui
Si tu traverses une période difficile, lis notre guide sur le baby blues et la dépression post-partum.
Consulte notre trousse de survie post-partum : les 20 indispensables.
Pour la suite, consulte notre guide sur la rééducation périnéale après accouchement.
Par Emma Hally, fondatrice de Secrets de Maman.
Cet article est basé sur les recommandations de la HAS, de l’INSERM et des données pédiatriques actuelles. Il ne se substitue pas à un avis médical. Consulte ton pédiatre ou ta sage-femme si les coliques de ton bébé t’inquiètent.
Sources :
-
Ameli.fr — La santé de bébé de la sortie de maternité au 6e mois (2025)
-
Cochrane — Probiotiques pour prévenir les coliques infantiles (2023)
-
Cochrane — Thérapies manipulatives pour les coliques infantiles (2022)
-
PubMed — Médecines complémentaires et coliques infantiles (2023)
-
Santé Publique France — Mort inattendue du nourrisson (2024)