Infection urinaire pendant la grossesse : symptômes, risques et traitements

Femme enceinte assise dans sa salle de bain tenant un verre d'eau dans la lumière du matin

Tu ressens des brûlures en allant aux toilettes. Ou tu y vas toutes les vingt minutes sans pouvoir te retenir. Ou pire : tu ne ressens rien du tout, mais ta sage-femme t’annonce que ta bandelette urinaire est positive.

L’infection urinaire est l’une des complications les plus fréquentes de la grossesse. Et son piège, c’est qu’elle peut être totalement silencieuse tout en mettant ta grossesse en danger si elle n’est pas traitée.

Je t’explique dans ce guide ce qu’il faut savoir : comment la repérer, pourquoi elle est plus fréquente enceinte, ce que ton médecin va te prescrire et comment la prévenir. Avec des sources médicales fiables, pas des rumeurs de forum.

L’essentiel à retenir

  • Environ 6 % des femmes enceintes ont des bactéries dans les urines sans aucun symptôme (Ameli.fr, 2025).

  • La bactérie Escherichia coli est responsable de 90 % des infections urinaires (Ameli.fr, 2025).

  • Le dépistage par bandelette urinaire est mensuel dès le 4e mois de grossesse (Ameli.fr, 2025).

  • Non traitée, une infection urinaire peut évoluer en pyélonéphrite et provoquer un accouchement prématuré (Ameli.fr, 2025).

  • Le traitement repose sur des antibiotiques adaptés à l’antibiogramme, sans danger pour le bébé (HAS, 2021).

Découvre notre guide sur les rendez-vous médicaux de la grossesse.

Pourquoi les infections urinaires sont-elles plus fréquentes enceinte ?

La grossesse modifie profondément ton appareil urinaire. Plusieurs mécanismes expliquent pourquoi tu es plus vulnérable pendant ces neuf mois.

La compression de la vessie par l’utérus. Au fil des semaines, ton utérus grandit et appuie sur ta vessie et tes uretères (les petits tubes qui relient les reins à la vessie). Résultat : l’urine stagne plus longtemps. Et une urine qui stagne, c’est un terrain idéal pour les bactéries (Ameli.fr, 2025).

Les modifications hormonales. La progestérone, hormone clé de la grossesse, relâche les muscles lisses. Y compris ceux des voies urinaires. Tes uretères se dilatent, le transit urinaire ralentit, et les bactéries ont plus de temps pour se multiplier.

Les changements de la flore vaginale. Pendant la grossesse, le pH vaginal se modifie. Cette modification peut favoriser la prolifération de certaines bactéries, notamment Escherichia coli, responsable de 90 % des infections urinaires (Ameli.fr, 2025).

L’augmentation du volume d’urine. Tes reins filtrent davantage de sang pendant la grossesse. Tu produis plus d’urine, mais ta vessie est comprimée. Tu n’arrives pas toujours à la vider complètement.

Quels sont les 3 types d’infections urinaires pendant la grossesse ?

Femme enceinte en consultation médicale, la médecin lui explique les résultats d'une analyse d'urine

Il existe trois formes d’infection urinaire, de la plus bénigne à la plus grave. Les connaître, c’est comprendre pourquoi le dépistage est si important.

La bactériurie asymptomatique (colonisation urinaire)

C’est la forme la plus sournoise. Tu as des bactéries dans les urines, mais aucun symptôme. Pas de brûlures, pas de douleurs, rien. Tu ne peux pas la deviner.

Elle concerne environ 6 % des femmes enceintes (Ameli.fr, 2025). Le problème : si elle n’est pas dépistée et traitée, elle évolue dans 20 à 40 % des cas vers une pyélonéphrite (infection des reins).

La HAS définit la colonisation urinaire par une bactériurie monomicrobienne supérieure ou égale à 10 puissance 5 UFC/ml (HAS, 2021).

C’est pour ça que la bandelette urinaire mensuelle existe. Elle est là pour attraper cette infection invisible.

La cystite aiguë gravidique

C’est l’infection de la vessie. Celle que tu ressens. Ses symptômes sont caractéristiques :

Un point important : la cystite ne donne pas de fièvre. Si tu as de la fièvre en plus de ces symptômes, il faut suspecter une atteinte des reins (Ameli.fr, 2025).

La pyélonéphrite aiguë

C’est l’infection la plus grave. Les bactéries ont remonté de la vessie jusqu’aux reins. La pyélonéphrite est une urgence médicale pendant la grossesse.

Ses symptômes sont plus marqués :
Fièvre élevée (souvent supérieure à 38,5 °C), frissons
Douleurs lombaires intenses, souvent d’un seul côté
– Nausées, vomissements
– Les symptômes de cystite (brûlures, envies fréquentes)

La bactérie E. coli est responsable de 75 à 90 % des pyélonéphrites (Ameli.fr, 2025).

Si tu ressens de la fièvre associée à des douleurs dans le dos, consulte en urgence. Ne temporise pas.

Comment se fait le dépistage pendant la grossesse ?

Le dépistage des infections urinaires fait partie du suivi obligatoire de la grossesse. Il se fait en deux étapes.

La bandelette urinaire (BU)

C’est un test rapide et indolore. Tu fais pipi dans un petit pot, et ta sage-femme ou ton médecin trempe une bandelette qui détecte deux marqueurs :

Ce test est réalisé tous les mois à partir du 4e mois de grossesse (Ameli.fr, 2025).

Si la bandelette est positive (leucocytes et/ou nitrites), un ECBU est prescrit pour confirmer.

L’ECBU (examen cytobactériologique des urines)

C’est l’examen de référence. Il permet d’identifier quelle bactérie est en cause et de tester sa sensibilité aux antibiotiques (antibiogramme).

L’ECBU est prescrit d’emblée (sans attendre la bandelette) chez les femmes à risque :
– Antécédents d’infections urinaires récidivantes
– Diabète
– Anomalies des voies urinaires
– Drépanocytose

Pour ces femmes, l’ECBU est réalisé dès la première consultation de grossesse, puis chaque mois (Ameli.fr, 2025).

Pour retrouver l’ensemble des examens obligatoires, consulte notre calendrier des rendez-vous médicaux de grossesse.

Quels sont les risques pour toi et ton bébé ?

Je ne vais pas dramatiser, mais je ne vais pas minimiser non plus. Une infection urinaire bien traitée n’a aucune conséquence. Mais une infection urinaire négligée peut avoir des répercussions sérieuses.

Le risque principal : la pyélonéphrite

Une bactériurie asymptomatique non traitée a un risque de 20 à 40 % d’évoluer en pyélonéphrite. La pyélonéphrite est une infection grave qui nécessite souvent une hospitalisation et des antibiotiques par voie intraveineuse.

Les risques pour la grossesse

Toute infection urinaire non traitée, et en particulier la pyélonéphrite, peut provoquer :
– Un accouchement prématuré
– Un retard de croissance intra-utérin
– Une infection du bébé (plus rare)
– En début de grossesse, un risque de fausse couche

(Ameli.fr, 2025)

Les risques pour toi

La pyélonéphrite peut se compliquer d’un sepsis (infection généralisée) si elle n’est pas traitée rapidement. C’est rare, mais c’est pour cette raison que la fièvre chez la femme enceinte doit toujours être prise au sérieux.

La bonne nouvelle : avec un dépistage mensuel et un traitement rapide, ces complications sont très largement évitables. C’est tout l’intérêt de cette bandelette urinaire chaque mois.

Quel est le traitement selon le type d’infection ?

Le traitement dépend du type d’infection urinaire. Dans tous les cas, il repose sur des antibiotiques compatibles avec la grossesse.

Traitement de la bactériurie asymptomatique (colonisation urinaire)

Le traitement commence après réception de l’antibiogramme (pas de traitement à l’aveugle). La HAS recommande :

Ligne Antibiotique Posologie Durée
1re ligne Amoxicilline 1 g, 3 fois/jour 7 jours
2e ligne Pivmécillinam 400 mg, 2 fois/jour 7 jours
3e ligne Fosfomycine-trométamol 3 g, dose unique 1 jour

(HAS, 2021)

Un ECBU de contrôle est réalisé 8 à 10 jours après l’arrêt du traitement, puis chaque mois jusqu’à l’accouchement.

Traitement de la cystite aiguë gravidique

La cystite est plus urgente. Un traitement probabiliste (avant les résultats de l’antibiogramme) est recommandé :

Ligne Antibiotique Posologie Durée
1re ligne Fosfomycine-trométamol 3 g, dose unique 1 jour
2e ligne Pivmécillinam 400 mg, 2 fois/jour 7 jours

Puis le traitement est adapté à l’antibiogramme dès réception des résultats (HAS, 2021).

Même contrôle que pour la colonisation : ECBU 8-10 jours après, puis mensuel.

Traitement de la pyélonéphrite

La pyélonéphrite nécessite une prise en charge urgente et souvent hospitalière. Le traitement commence par des antibiotiques en intraveineuse, puis un relais oral après amélioration. C’est ton médecin ou l’équipe hospitalière qui décidera du protocole exact.

Point rassurant : les antibiotiques prescrits pendant la grossesse sont spécifiquement choisis pour être sans danger pour ton bébé. L’amoxicilline, la fosfomycine et le pivmécillinam n’ont aucun effet tératogène connu.

Comment prévenir les infections urinaires enceinte ?

Femme enceinte dans sa cuisine se servant un grand verre d'eau, lumière naturelle du matin

La prévention est simple et efficace. Voici les gestes recommandés par les autorités de santé.

Boire beaucoup d’eau

C’est le conseil le plus important. Au moins 1,5 litre d’eau par jour, idéalement 2 litres (Ameli.fr, 2025). Plus tu bois, plus tu urines, plus tu évacues les bactéries avant qu’elles ne se multiplient.

Uriner régulièrement et complètement

Ne te retiens pas. Va aux toilettes dès que tu en as envie. Prends le temps de bien vider ta vessie à chaque miction. Une vessie qui ne se vide pas complètement est un terrain de culture pour les bactéries.

Uriner après les rapports sexuels

Les rapports sexuels peuvent pousser des bactéries vers l’urètre. Aller aux toilettes juste après permet de les chasser avant qu’elles ne remontent.

Adopter les bons gestes d’hygiène

Limiter les boissons irritantes

Le café et les boissons très sucrées peuvent irriter la vessie. Sans les supprimer, tu peux en limiter la consommation. L’eau reste ta meilleure alliée.

Et la canneberge (cranberry) ?

Tu en as forcément entendu parler. La canneberge contient des proanthocyanidines qui empêcheraient les bactéries d’adhérer à la paroi de la vessie. Certaines études montrent un effet préventif modeste, mais les preuves restent insuffisantes pour une recommandation officielle pendant la grossesse. Si tu veux en prendre, parles-en à ton médecin.

Quand consulter en urgence ?

Certains signes doivent t’amener à consulter le jour même ou à appeler le 15 :

Signe Action
Fièvre supérieure à 38 °C + douleurs lombaires Urgences ou 15
Frissons, nausées, vomissements Consultation urgente
Sang dans les urines + fièvre Consultation urgente
Contractions associées à des brûlures urinaires Maternité

Sans fièvre, une cystite simple justifie une consultation rapide (dans les 24 heures) mais pas une urgence. Appelle ta sage-femme ou ton médecin pour obtenir un ECBU et un traitement.

Si tu as un doute, consulte notre guide sur quand partir à la maternité.

FAQ — Questions fréquentes sur l’infection urinaire pendant la grossesse

L’infection urinaire est-elle dangereuse pour mon bébé ?

Bien traitée, non. Le danger vient d’une infection non traitée qui évolue en pyélonéphrite. C’est cette complication qui peut provoquer un accouchement prématuré ou une infection du bébé. C’est pour cette raison que le dépistage mensuel par bandelette urinaire est indispensable (Ameli.fr, 2025).

Les antibiotiques sont-ils sans risque pendant la grossesse ?

Les antibiotiques prescrits pour les infections urinaires chez la femme enceinte (amoxicilline, fosfomycine, pivmécillinam) sont spécifiquement choisis pour leur innocuité pendant la grossesse. Ils ne présentent pas de risque pour ton bébé. Ne refuse jamais un traitement antibiotique prescrit par ton médecin pendant la grossesse par peur de nuire à ton bébé : ne pas traiter est bien plus risqué (HAS, 2021).

Combien de temps dure le traitement ?

Cela dépend du type d’infection. Pour une cystite, la fosfomycine se prend en dose unique (un sachet). Pour une colonisation urinaire, le traitement dure 7 jours en général. Pour une pyélonéphrite, le traitement est plus long et commence à l’hôpital. Un ECBU de contrôle est systématiquement réalisé 8 à 10 jours après la fin du traitement (HAS, 2021).

Pourquoi ai-je des infections urinaires à répétition pendant la grossesse ?

La grossesse crée des conditions propices aux récidives : compression de la vessie, stase urinaire, modifications hormonales. Si tu fais des infections urinaires à répétition, ton médecin réalisera un ECBU mensuel dès le début de la grossesse et pourra te proposer un suivi rapproché. Les mesures de prévention (hydratation, hygiène, miction post-coïtale) sont d’autant plus importantes dans ton cas.

La bandelette urinaire peut-elle être faussement négative ?

Oui. La bandelette urinaire peut manquer certaines infections, notamment celles causées par des bactéries qui ne produisent pas de nitrites. C’est pourquoi les femmes à risque bénéficient d’un ECBU direct (plus fiable) plutôt que d’une simple bandelette (Ameli.fr, 2025).

Est-ce que je peux prendre de la canneberge pour prévenir les infections ?

La canneberge n’est pas contre-indiquée pendant la grossesse, mais les preuves scientifiques de son efficacité préventive restent limitées. Elle ne remplace en aucun cas le dépistage mensuel ni le traitement antibiotique si une infection est confirmée. Parles-en à ton médecin si tu souhaites en consommer.

Ce qu’il faut retenir

L’infection urinaire est fréquente pendant la grossesse, souvent silencieuse, mais facile à dépister et à traiter. Le dépistage mensuel par bandelette urinaire est ta meilleure protection. Et si une infection est détectée, les antibiotiques prescrits sont parfaitement compatibles avec ta grossesse.

Tes 6 repères :

Si tu veux aller plus loin, lis notre guide sur les aliments interdits pendant la grossesse.

Consulte notre article sur le diabète gestationnel.

Pour la suite, consulte notre guide sur la déclaration de grossesse et les démarches.

Par Emma Hally, fondatrice de Secrets de Maman.
Cet article est basé sur les recommandations de la HAS, d’Ameli.fr et du VIDAL. Il ne se substitue pas à un avis médical. Consulte ton médecin ou ta sage-femme pour un accompagnement personnalisé.

Sources :

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