Tu as entendu parler du “projet de naissance” en séance de préparation, sur un forum, ou dans un magazine. Certaines copines te disent que c’est indispensable. D’autres que l’équipe médicale va l’ignorer. Et toi, tu ne sais même pas par quoi commencer.
La vérité, c’est que le projet de naissance n’est ni un contrat ni un caprice. C’est un outil de communication entre toi et l’équipe qui t’accompagnera le jour J. Il te permet de poser tes souhaits par écrit, d’ouvrir un dialogue avec la maternité, et surtout de te sentir actrice de ton accouchement.
Je t’explique dans ce guide ce que c’est vraiment, ce qu’il faut y mettre (et ne pas y mettre), quand le rédiger, et comment en discuter sereinement avec ta sage-femme.
L’essentiel à retenir
Le projet de naissance est recommandé par la HAS depuis 2005 et reconnu comme un droit par le CNGOF (HAS, 2005).
Ce n’est pas un contrat : c’est une liste de souhaits, adaptable selon la situation médicale le jour J.
Le format idéal : 1 à 2 pages maximum, structurées par thèmes (travail, naissance, post-partum).
Il se rédige idéalement entre la 28e et la 34e semaine de grossesse, après tes séances de préparation.
L’entretien prénatal précoce (4e mois) est le premier moment pour en discuter avec ta sage-femme (Ameli.fr, 2025).
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Qu’est-ce qu’un projet de naissance exactement ?

Le projet de naissance est un document dans lequel tu exprimes tes préférences et tes souhaits concernant le déroulement de ton accouchement, l’accueil de ton bébé et les premiers jours en maternité.
La HAS le définit comme “l’énoncé des souhaits des parents quant au déroulement de la grossesse et à la naissance de leur enfant”. Il couvre l’organisation des soins, le suivi médical, les modalités d’accouchement et les conditions du retour à domicile (HAS, 2005).
Le CNGOF précise que c’est avant tout un “outil de communication parents-professionnels en vue de préparer le moment de la naissance”. Son objectif : renforcer la confiance entre toi, ton accompagnant et l’équipe soignante (CNGOF, Directive Qualité Projet de Naissance, 2023).
Ce que le projet de naissance n’est PAS :
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Un contrat juridiquement contraignant
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Une liste d’exigences non négociables
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Un document qui empêche l’équipe médicale d’intervenir en cas d’urgence
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Un reproche adressé aux soignants
Pourquoi rédiger un projet de naissance ?
Tu te demandes peut-être si ça vaut vraiment le coup. Voici ce que ça t’apporte concrètement.
Pour toi :
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Tu te poses les bonnes questions avant le jour J (péridurale ou pas ? Positions de poussée ? Peau à peau immédiat ?)
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Tu te sens moins passive face à un événement qui peut sembler hors de ton contrôle
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Tu réduis l’anxiété en clarifiant tes attentes
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Tu anticipes tes réactions face aux imprévus
Pour l’équipe soignante :
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La sage-femme qui te prend en charge connaît tes préférences avant même de te rencontrer
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Le dialogue est plus fluide, surtout si le travail est long ou intense
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Les décisions sont prises en accord avec toi, pas dans la précipitation
Pour ton partenaire :
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Il ou elle sait exactement ce que tu veux si tu n’es plus en mesure de le formuler pendant le travail
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C’est un repère concret dans un moment stressant
Quand rédiger ton projet de naissance ?
Le bon timing, c’est entre la 28e et la 34e semaine de grossesse. Ni trop tôt (tu n’as pas encore assez d’informations), ni trop tard (tu risques d’être débordée).
Le calendrier idéal
| Quand | Quoi faire |
|---|---|
| 4e mois (16 SA) | Entretien prénatal précoce : premiers échanges sur tes attentes (Ameli.fr, 2025) |
| 6e-7e mois (24-30 SA) | Séances de préparation à la naissance : tu découvres les options |
| 7e-8e mois (28-34 SA) | Rédaction du projet de naissance |
| 8e mois (32-36 SA) | Discussion avec l’équipe de ta maternité |
| 9e mois (36-38 SA) | Version finale ajoutée à ton dossier médical |
Mon conseil : Commence par prendre des notes au fil de tes séances de préparation. Les questions viennent souvent d’elles-mêmes. Ensuite, mets en forme une fois que tu as fait le tour des sujets.
Vérifie aussi que tu es à jour dans tes rendez-vous médicaux de grossesse, car la consultation du 8e mois est le moment parfait pour présenter ton projet à l’équipe.
Que mettre dans un projet de naissance ?
Le CNGOF indique que le projet peut prendre “la forme qui vous convient : feuille blanche, formulaire papier structuré, dossier informatisé, transmission orale” (CNGOF, 2023). L’important, c’est d’être claire, concise et bienveillante dans la formulation.
L’environnement et l’ambiance
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Lumière tamisée ou forte ?
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Musique ou silence ?
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Présence du partenaire en continu ?
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Limiter le nombre de personnes en salle de naissance ?
La gestion de la douleur
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Souhaites-tu la péridurale dès que possible, en dernier recours, ou pas du tout ?
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Veux-tu essayer d’autres méthodes d’abord (ballon, bain, respiration, protoxyde d’azote) ?
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Autorises-tu l’administration de médicaments sans te demander d’abord ?
Le travail et l’accouchement
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Liberté de mouvement et de positions pendant le travail ?
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Monitoring continu ou intermittent (si la situation le permet) ?
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Position d’accouchement souhaitée (sur le dos, sur le côté, à quatre pattes, accroupie) ?
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Épisiotomie : souhaites-tu qu’on t’en informe avant ? Préfères-tu qu’on l’évite autant que possible ?
La naissance du bébé
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Peau à peau immédiat ?
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Qui coupe le cordon ? Attendre que le cordon ait fini de battre ?
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Allaitement à la naissance ou biberon ?
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Premiers soins du bébé faits sur toi ou à côté ?
En cas de césarienne
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Peau à peau en salle d’opération si possible ?
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Présence du partenaire ?
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Baisser le champ opératoire au moment de la naissance ?
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Allaitement précoce si tu le souhaites ?
Le séjour en maternité
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Cohabitation jour et nuit avec bébé ou possibilité de le confier à la nurserie la nuit ?
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Visites : souhaites-tu limiter les visiteurs les premières heures ?
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Allaitement : souhaites-tu un accompagnement renforcé ? Pas de complément sans ton accord ?
Comment formuler ses souhaits ?

La manière dont tu formules ton projet change tout. Un ton collaboratif sera toujours mieux reçu qu’une liste d’exigences.
Les formulations qui fonctionnent :
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“Je souhaiterais, dans la mesure du possible…”
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“Si la situation le permet, j’aimerais…”
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“En cas de césarienne, serait-il possible de…”
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“Je fais confiance à l’équipe pour m’informer si la situation change”
Les formulations à éviter :
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“Je refuse catégoriquement…”
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“Il est hors de question que…”
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“Personne ne touche à mon bébé sans mon autorisation expresse”
Le CNGOF rappelle que l’équipe soignante a l’obligation de te fournir “des informations claires, adaptées et justifiées scientifiquement” pour que tu puisses donner ton consentement de manière éclairée. Ton projet de naissance est le point de départ de cette conversation, pas un point final (CNGOF, 2023).
Exemple de formulation pour la péridurale :
“Je souhaiterais essayer de gérer la douleur sans péridurale dans un premier temps (ballon, bain, respiration). Si la douleur devient ingérable pour moi, je demanderai la péridurale. Merci de ne pas me la proposer systématiquement, mais de rester disponible si je change d’avis.”
Comment en discuter avec l’équipe de la maternité ?
C’est souvent la partie qui inquiète le plus. Tu as peur qu’on te juge, qu’on ne prenne pas ton document au sérieux, ou qu’on te dise “de toute façon, le jour J, rien ne se passe comme prévu”.
Le bon moment pour en parler
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La consultation du 8e mois avec l’obstétricien ou la sage-femme de la maternité
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La visite de la salle de naissance (si ta maternité la propose)
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L’entretien d’admission (autour de 36-38 SA dans certaines maternités)
Les bonnes pratiques
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Apporte une version papier à glisser dans ton dossier médical
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Garde un double dans ta valise de maternité (avec tes papiers administratifs)
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Présente-le comme un outil de dialogue, pas comme un cahier des charges
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Demande à la sage-femme : “Y a-t-il quelque chose dans mes souhaits qui n’est pas possible dans votre maternité ?”
La MACSF (assureur des professionnels de santé) précise que les souhaits des parents doivent être adaptés “si la situation médicale l’exige, si l’organisation du service le nécessite, ou si les demandes compromettent la sécurité” (MACSF, 2023). C’est normal et logique. L’important, c’est d’en avoir discuté avant.
N’oublie pas de préparer aussi ta valise maternité avec ton projet de naissance à l’intérieur.
Et si rien ne se passe comme prévu ?
C’est la phrase que tu entendras le plus souvent. Et elle est vraie. L’accouchement reste un événement physiologique imprévisible. Mais ça ne rend pas ton projet de naissance inutile, bien au contraire.
Ce que ton projet de naissance prépare aussi :
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Un “plan B” si une césarienne en urgence est nécessaire
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Tes souhaits pour le bébé même si tu n’es pas disponible (anesthésie générale, par exemple)
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Le rôle de ton partenaire si tu ne peux plus t’exprimer
Le vrai risque de ne pas en faire un ?
Arriver en salle de naissance sans avoir réfléchi à tes préférences. Dans le stress du moment, tu risques d’accepter ou de refuser des choses sans y avoir pensé calmement avant. Le projet de naissance, c’est ton filet de sécurité émotionnel.
Ce qui aide vraiment : Ajoute une phrase comme “Je fais confiance à l’équipe pour prendre les meilleures décisions en cas d’urgence. Mon souhait principal est que mon bébé et moi soyons en sécurité.” Cette phrase rassure les soignants et montre que tu comprends la réalité médicale.
Modèle de projet de naissance : les thèmes à couvrir
Voici une structure simple que tu peux utiliser. Adapte chaque point à tes préférences.
| Thème | Questions à te poser |
|---|---|
| Ambiance | Lumière ? Musique ? Nombre de personnes ? |
| Douleur | Péridurale ? Alternatives ? Quand la proposer ? |
| Positions | Liberté de mouvement ? Position d’accouchement ? |
| Monitoring | Continu ou intermittent ? |
| Naissance | Peau à peau ? Cordon ? Premiers soins ? |
| Allaitement | Sein ou biberon ? Aide souhaitée ? Pas de complément ? |
| Césarienne | Peau à peau ? Partenaire présent ? Champ baissé ? |
| Séjour | Cohabitation ? Visites ? Nurserie la nuit ? |
| Partenaire | Rôle pendant le travail ? Couper le cordon ? Rester la nuit ? |
Longueur idéale : 1 à 2 pages. Un document plus long risque de ne pas être lu dans l’urgence du moment.
FAQ – Questions fréquentes sur le projet de naissance
Le projet de naissance est-il obligatoire ?
Non, il n’est pas obligatoire. Mais il est recommandé par la HAS depuis 2005 et reconnu comme un droit par le CNGOF. Tu n’as aucune obligation d’en rédiger un, mais si tu le fais, l’équipe doit en prendre connaissance (HAS, 2005).
L’équipe médicale peut-elle refuser de suivre mon projet de naissance ?
Oui, si la situation médicale l’exige. Le projet de naissance n’est pas un contrat juridiquement contraignant. Les soignants gardent leur indépendance clinique et doivent pouvoir intervenir pour ta sécurité et celle de ton bébé. En revanche, ils ont l’obligation de t’informer clairement de toute modification et de recueillir ton consentement éclairé (MACSF, 2023).
Dois-je faire un projet de naissance pour une césarienne programmée ?
Oui, c’est même très utile. Tu peux y inclure tes souhaits pour le peau à peau en salle d’opération, la présence de ton partenaire, le moment de la première mise au sein, et tes préférences pour le séjour en maternité. Ces souhaits sont tout à fait compatibles avec une césarienne programmée dans la majorité des maternités.
Mon partenaire peut-il rédiger le projet de naissance avec moi ?
Absolument. C’est même recommandé. Ton partenaire sera peut-être la personne qui transmettra tes souhaits si tu n’es plus en mesure de t’exprimer pendant le travail. Rédiger ensemble vous permet aussi d’aligner vos attentes sur des sujets comme les visites, l’allaitement, ou le rôle du partenaire pendant l’accouchement.
Faut-il un projet de naissance différent pour un deuxième enfant ?
Oui. Chaque grossesse est différente, et tes souhaits ont probablement évolué. Si tu as vécu un premier accouchement difficile, le projet de naissance est justement l’occasion de formuler ce que tu veux faire différemment. Si ton premier accouchement s’est bien passé, tu peux simplement reprendre les éléments qui ont fonctionné.
Sous quelle forme remettre mon projet de naissance ?
Le CNGOF précise que le format est libre : feuille blanche, formulaire papier, document numérique, ou même transmission orale lors d’un entretien. La version papier glissée dans le dossier médical reste la plus pratique pour que toute l’équipe puisse y accéder rapidement (CNGOF, 2023).
Ce qu’il faut retenir
Le projet de naissance est un geste simple qui peut transformer ton vécu de l’accouchement. Il ne garantit rien, mais il te prépare à tout. Et surtout, il te place au centre des décisions qui te concernent.
Tes 5 repères :
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C’est un droit reconnu, recommandé par la HAS et le CNGOF depuis 2005
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1 à 2 pages suffisent, structurées par thèmes, avec un ton collaboratif
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Rédige-le entre la 28e et la 34e semaine, après tes séances de préparation
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Discute-le avec ta maternité lors de la consultation du 8e mois
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Prévois un plan B : ajoute tes souhaits en cas de césarienne ou d’urgence
Consulte notre guide sur quand partir à la maternité : les signes qui ne trompent pas.
Par Emma Hally, fondatrice de Secrets de Maman.
Cet article est basé sur les recommandations de la HAS, du CNGOF et d’Ameli.fr. Il ne se substitue pas à un avis médical. Consulte ta sage-femme ou ton médecin pour un accompagnement personnalisé.
Sources :