Tu as remarqué une petite boule. Ça démange, ça brûle, et t’asseoir devient une épreuve. Tu n’oses pas en parler. Tu te dis que ce n’est pas grave, mais quand même, c’est inconfortable au point de te gâcher la journée.
Les hémorroïdes pendant la grossesse, c’est l’un de ces sujets dont personne ne parle. Et pourtant, jusqu’à 38% des femmes enceintes sont touchées par la maladie hémorroïdaire, surtout au troisième trimestre et dans les semaines qui suivent l’accouchement. Tu n’as rien fait de “mal”, c’est ton corps qui change.
Dans ce guide, je t’explique pourquoi les hémorroïdes apparaissent enceinte, les gestes qui soulagent vraiment, les traitements autorisés pour bébé, et les signaux qui doivent t’amener à consulter. Tout est sourcé, vérifié, et basé sur les recommandations d’Ameli.fr, de la SNFCP et du CRAT.
L’essentiel à retenir
La maladie hémorroïdaire touche 8 à 38% des femmes enceintes, et 20% des jeunes mamans en post-partum (SNFCP, 2026).
Le risque de thrombose hémorroïdaire est de 20% après un accouchement par voie basse contre seulement 4% après césarienne (SNFCP, 2026).
Traiter la constipation est la priorité absolue : c’est elle qui aggrave et entretient les hémorroïdes (Ameli.fr, 2026).
Le paracétamol est autorisé, les AINS (ibuprofène) sont contre-indiqués à partir de 24 SA (CRAT, 2026).
Bonne nouvelle : à 6 mois post-partum, seul 1 tiers des femmes ont encore des symptômes (SNFCP, 2026).
Découvre notre guide sur la constipation pendant la grossesse : causes et solutions naturelles.
Pourquoi les hémorroïdes apparaissent-elles pendant la grossesse ?
Les hémorroïdes ne sont pas une maladie, ce sont des structures anatomiques normales : des coussinets vasculaires situés au niveau du canal anal. Le problème commence quand ces veines se dilatent, s’enflamment ou se déplacent vers l’extérieur. La grossesse réunit toutes les conditions pour que ça arrive.
La pression mécanique de l’utérus
À mesure que ton bébé grandit, ton utérus comprime les veines du petit bassin. Le retour veineux vers le coeur devient plus difficile. Le sang stagne dans les veines du rectum et de l’anus, qui se dilatent (VIDAL, 2026).
C’est pour ça que les hémorroïdes apparaissent surtout au deuxième et troisième trimestre, quand le poids de l’utérus est maximal.
Les hormones de grossesse
La progestérone, indispensable au maintien de ta grossesse, a un effet secondaire connu : elle relâche les muscles lisses, y compris ceux des parois veineuses. Les veines deviennent plus souples, donc plus faciles à dilater.
C’est exactement le même mécanisme qui provoque les varices des jambes chez les femmes enceintes. Ce ne sont d’ailleurs pas deux problèmes différents : les hémorroïdes sont en quelque sorte des “varices de l’anus”.
La constipation, le facteur n°1
C’est la cause la plus importante et la plus fréquente. La constipation enceinte est très courante. Le ralentissement du transit lié à la progestérone, la pression de l’utérus sur les intestins, les compléments de fer : tout concourt à avoir des selles dures et difficiles à évacuer.
Les efforts de poussée répétés augmentent la pression abdominale. Les veines du rectum, déjà fragilisées, se dilatent encore davantage. C’est le cercle vicieux (Ameli.fr, 2026).
L’accouchement lui-même
Pousser pour faire sortir bébé est l’un des efforts les plus intenses que ton corps va produire. Sans surprise, c’est aussi un facteur de risque majeur de thrombose hémorroïdaire externe : un caillot se forme dans une veine de l’anus, créant une boule bleutée très douloureuse.
Les facteurs qui augmentent le risque à l’accouchement, identifiés par la Société Nationale Française de Coloproctologie :
- Une première phase de travail prolongée
- Un accouchement après 39,7 SA
- Un gros bébé (poids de naissance élevé)
- Une constipation d’évacuation persistante
Comment reconnaître les hémorroïdes ?

Les symptômes sont variables d’une femme à l’autre. Tu peux avoir une “crise” passagère ou des symptômes plus chroniques. Apprends à les reconnaître pour mieux agir.
Les hémorroïdes internes
Elles se trouvent à l’intérieur du canal anal et ne sont pas visibles. Les signes :
- Saignements de sang rouge vif, sur le papier toilette ou dans la cuvette, surtout après la selle
- Sensation de pesanteur ou de corps étranger dans l’anus
- Parfois une petite boule molle qui sort à la défécation et rentre toute seule (procidence réductible)
Les hémorroïdes externes
Elles sont situées sous la peau, autour de l’anus. Tu peux les sentir au toucher, voire les voir avec un miroir.
- Petite boule visible au niveau de l’anus
- Démangeaisons et irritations
- Gêne en position assise
La crise hémorroïdaire
C’est la phase aiguë, douloureuse, qu’on appelle aussi “poussée”. Elle associe douleurs, saignements, sensation de chaleur et de gonflement au niveau de l’anus (Ameli.fr, 2026).
La thrombose hémorroïdaire externe
C’est la complication la plus fréquente en fin de grossesse et juste après l’accouchement. Un caillot de sang se forme dans une veine hémorroïdaire externe. Tu vois apparaître brutalement une boule bleue ou violacée, dure, très douloureuse, particulièrement en position assise.
D’après la SNFCP, l’incidence de la thrombose hémorroïdaire externe est de 8% au dernier trimestre et de 20% en post-partum immédiat (SNFCP, 2026).
À retenir : un saignement par l’anus pendant la grossesse n’est jamais à banaliser. Même s’il s’agit le plus souvent d’hémorroïdes ou de fissure anale, parles-en à ton médecin pour écarter une autre cause.
Quels gestes du quotidien soulagent vraiment ?
Avant les médicaments, les gestes simples. Et ils marchent. La grande majorité des hémorroïdes de grossesse se calment avec quelques ajustements bien ciblés.
Traite la constipation en priorité
C’est la mesure n°1. Sans transit régulier, aucun traitement local ne tiendra dans la durée.
| Action | Pourquoi ça aide |
|---|---|
| 1,5 à 2 litres d’eau par jour | Ramollit les selles |
| 25 à 30 g de fibres par jour | Augmente le volume des selles |
| Pruneaux, kiwi, figues sèches | Action laxative douce et naturelle |
| 30 minutes de marche quotidienne | Stimule le péristaltisme intestinal |
| Marchepied sous les pieds aux WC | Détend le muscle pubo-rectal |
Pour le détail des aliments à privilégier, consulte notre guide sur les 15 super-aliments de la grossesse.
Adapte ta façon d’aller aux toilettes
Quelques règles simples, validées par Ameli, qui changent vraiment la donne (Ameli.fr, 2026) :
- Va aux toilettes dès l’envie, ne te retiens pas
- Ne pousse pas fort : si la selle ne vient pas, lève-toi et reviens plus tard
- Ne reste pas assise sur le siège des WC plus de 5 minutes
- N’utilise pas ton téléphone aux toilettes (ça allonge la station assise)
Soigne l’hygiène de la zone
Après chaque selle, nettoie la zone tout doucement :
- Privilégie le papier toilette humidifié (sans savon) ou un jet d’eau tiède
- Tamponne, ne frotte jamais
- Sèche bien la peau avant de te rhabiller
- Porte des sous-vêtements en coton, pas serrés
- Évite les pantalons trop ajustés et les jeans skinny pendant les crises
Soulage par le froid
Une poche de glace (ou un sachet de petits pois congelés) enveloppée dans un linge fin, appliquée 10 à 15 minutes 2 à 3 fois par jour, réduit la douleur et l’inflammation, surtout en cas de thrombose.
À l’inverse, évite la chaleur : pas de bain chaud, pas de bouillotte directement sur la zone, pas de sauna ni de hammam. La chaleur dilate les veines et aggrave les symptômes.
Bouge, mais évite la station assise prolongée
La marche favorise la circulation et le transit. À l’inverse, rester assise des heures (au bureau, dans la voiture) accentue la stagnation veineuse. Lève-toi toutes les 30 à 45 minutes pour faire quelques pas.
Si tu travailles assise, un coussin en forme de bouée (ou un coussin de gestation circulaire) peut soulager la pression sur la zone anale.
Quels traitements sont autorisés pendant la grossesse ?

Si les mesures hygiéno-diététiques ne suffisent pas, des traitements existent. Mais tous ne sont pas autorisés pendant la grossesse. Demande toujours l’avis de ton médecin, ta sage-femme ou ton pharmacien avant de prendre quoi que ce soit, même en vente libre.
Les pommades et suppositoires autorisés
D’après le CRAT (Centre de Référence sur les Agents Tératogènes), les traitements locaux sont les plus sûrs et utilisables à tous les trimestres (CRAT, 2026) :
- Titanoréine® (sans anesthésique, sans corticoïde) : utilisable à tout moment
- Titanoréine® Lidocaïne ou Tronothane® (avec anesthésique local) : pour les crises douloureuses
- Deliproct® ou Ultraproct® (avec corticoïde) : sur cure courte, sur prescription médicale
Ces traitements soulagent la douleur, calment l’inflammation et facilitent la cicatrisation. Ils s’appliquent généralement après la toilette, 2 à 3 fois par jour, et en cure courte (5 à 7 jours en moyenne).
Les veinotoniques
Les veinotoniques par voie orale (diosmine, hespéridine, troxérutine, rutoside) sont autorisés pendant la grossesse selon le CRAT (CRAT, 2026).
Ils peuvent soulager temporairement la sensation de pesanteur et les saignements pendant une crise. Demande l’avis de ton médecin avant d’en prendre : leur efficacité reste modeste, et ils ne remplacent pas les mesures d’hygiène.
Pour la douleur : paracétamol uniquement
Pour les douleurs hémorroïdaires, la règle est simple :
- Paracétamol : autorisé pendant toute la grossesse, à la dose minimale efficace (CRAT, 2026)
- Ibuprofène et autres AINS : déconseillés au 1er et 2ème trimestre, formellement contre-indiqués à partir de 24 semaines d’aménorrhée (début du 6ème mois) et jusqu’à l’accouchement (CRAT, 2026)
Cette contre-indication des AINS en fin de grossesse est absolue : leur prise peut entraîner des complications cardiaques et rénales graves chez le bébé. Aucune exception.
Et les laxatifs ?
Comme la constipation est la cause principale, ton médecin peut te prescrire un laxatif. Les options compatibles avec la grossesse :
- Laxatifs de lest (psyllium, ispaghul, sterculia)
- Laxatifs osmotiques (macrogol, lactulose)
- Suppositoires à la glycérine pour un déclenchement ponctuel
Les laxatifs stimulants (séné, aloès, bourdaine, bisacodyl) sont à éviter : ils peuvent provoquer des contractions utérines (VIDAL, 2026).
Et après l’accouchement, ça part ?
Bonne et moins bonne nouvelle. Bonne : oui, dans la grande majorité des cas, les hémorroïdes de grossesse régressent après la naissance. Moins bonne : ça peut prendre quelques semaines, voire quelques mois.
Le post-partum, période à haut risque
Les jours et semaines qui suivent l’accouchement sont particulièrement sensibles :
- 20% des thromboses hémorroïdaires externes surviennent en post-partum immédiat (SNFCP, 2026)
- Les fissures anales touchent 15 à 30% des femmes après un accouchement (SNFCP, 2026)
- La constipation post-partum (peur de pousser, déshydratation, fer) entretient le problème
Combien de temps avant que ça parte ?
D’après la SNFCP, seul 1 tiers des femmes ont encore des symptômes hémorroïdaires à 6 mois post-partum. La grande majorité voit ses hémorroïdes régresser progressivement avec la disparition de la grossesse et le retour à un transit normal (SNFCP, 2026).
Allaitement et traitement
L’allaitement n’empêche pas les traitements locaux. Les pommades et suppositoires cités plus haut restent compatibles avec l’allaitement. Le paracétamol aussi. Demande toujours l’avis de ta sage-femme ou de ton médecin pour valider ton traitement.
Pour bien préparer cette période, consulte notre trousse de survie post-partum : les 20 indispensables.
Quand faut-il consulter ?
Les hémorroïdes sont rarement graves, mais il y a des signaux qui doivent t’amener à consulter sans tarder.
Prends rendez-vous rapidement si :
-
Tu as une boule bleue ou violacée, dure et très douloureuse (signe de thrombose)
-
Les saignements sont importants ou se répètent
-
Tu as de la fièvre avec une douleur anale
-
La douleur t’empêche de t’asseoir, de dormir, de marcher
-
Les traitements en automédication ne soulagent pas après 7 jours
-
Tu observes des saignements en dehors des selles ou du sang mélangé aux selles (pas seulement sur le papier)
-
Tu as des antécédents d’hémorroïdes compliquées
Consulte en urgence si :
- Forte fièvre associée à une douleur anale intense
- Saignement abondant qui ne s’arrête pas
- Douleur insupportable avec impossibilité de s’asseoir
N’hésite pas à en parler lors de tes rendez-vous médicaux de grossesse. Les sages-femmes et médecins voient ça tous les jours. Tu ne les choqueras pas, je te le promets.
FAQ , Questions fréquentes sur les hémorroïdes pendant la grossesse
Les hémorroïdes peuvent-elles faire mal au bébé ?
Non. Les hémorroïdes sont un problème local, sans impact sur le bébé ni sur le déroulement de la grossesse. C’est inconfortable pour toi, mais ce n’est pas dangereux pour lui (SNFCP, 2026).
Peut-on accoucher par voie basse avec des hémorroïdes ?
Oui, dans la grande majorité des cas. Les hémorroïdes ne sont pas une contre-indication à l’accouchement par voie basse. Cependant, l’effort de poussée peut aggraver les symptômes ou provoquer une thrombose. Préviens ton équipe à la maternité, qui adaptera la prise en charge si besoin (SNFCP, 2026).
Le saignement par l’anus est-il toujours dû aux hémorroïdes ?
Non, et c’est important. Un saignement par l’anus pendant la grossesse est le plus souvent dû à des hémorroïdes ou une fissure anale, mais d’autres causes existent. Consulte systématiquement ton médecin, surtout si le sang est noir, mélangé aux selles, ou si les saignements sont répétés (Ameli.fr, 2026).
Puis-je utiliser Titanoréine sans ordonnance enceinte ?
La Titanoréine® (sans anesthésique ni corticoïde) est utilisable pendant la grossesse selon le CRAT, et est en vente libre. Demande quand même l’avis de ton pharmacien : il vérifiera qu’il s’agit bien de cette version et te conseillera la durée de cure adaptée (CRAT, 2026).
À quoi ressemble une thrombose hémorroïdaire ?
Une thrombose hémorroïdaire externe apparaît brutalement. C’est une boule bleue ou violacée, dure, située au bord de l’anus, très douloureuse. La douleur est maximale les 48 à 72 premières heures, puis diminue progressivement. Le caillot se résorbe en 2 à 6 semaines, parfois en laissant une petite peau résiduelle (marisque) (SNFCP, 2026).
Le bain de siège tiède est-il recommandé ?
Oui, en cas de crise. Un bain de siège à l’eau tiède (pas chaude), 10 à 15 minutes, 2 à 3 fois par jour, peut soulager. La chaleur excessive est à éviter car elle dilate les veines, mais une eau tiède relaxe les sphincters et calme la douleur. Sèche bien la zone après.
Les hémorroïdes vont-elles revenir à la prochaine grossesse ?
Le risque augmente avec chaque grossesse. Si tu as eu des hémorroïdes lors d’une grossesse, tu as plus de chances d’en avoir à la suivante. Mettre en place dès le début les mesures préventives (transit, hydratation, marche) limite la récidive et l’aggravation.
Ce qu’il faut retenir
Les hémorroïdes pendant la grossesse touchent une grande partie des femmes enceintes, surtout au dernier trimestre et après l’accouchement. C’est inconfortable, parfois douloureux, mais presque toujours bénin. La très grande majorité régresse spontanément dans les mois qui suivent la naissance.
Tes 6 repères :
-
Traite la constipation d’abord , c’est elle qui déclenche et entretient les hémorroïdes
-
Hydrate, bouge, mange des fibres , 1,5 à 2 L d’eau, 30 min de marche, 25 à 30 g de fibres par jour
-
Hygiène douce , papier humide ou jet d’eau, séchage en tamponnant, sous-vêtements en coton
-
Traitements locaux autorisés , Titanoréine, Tronothane, Deliproct sur avis médical
-
Paracétamol oui, ibuprofène non , les AINS sont interdits à partir de 24 SA
-
Consulte si boule bleue dure, fièvre, saignements importants ou symptômes qui durent plus d’une semaine
Consulte notre article sur la rééducation périnéale après accouchement : guide complet 2026.
Pour la suite, consulte notre guide sur les aliments interdits pendant la grossesse.
Par Emma Hally, fondatrice de Secrets de Maman.
Cet article est basé sur les recommandations d’Ameli.fr, de la SNFCP, du CRAT et du VIDAL. Il ne se substitue pas à un avis médical. Consulte ton médecin ou ta sage-femme pour un accompagnement personnalisé.
Sources :