Tu allaites depuis plusieurs semaines ou plusieurs mois, et tu commences à te poser la question : quand et comment arrêter ? Peut-être que tu reprends le travail bientôt. Peut-être que tu sens que c’est le bon moment pour toi. Ou peut-être que tu n’en peux plus et que tu culpabilises de vouloir arrêter.
Quelle que soit ta raison, elle est légitime. Le sevrage est une étape normale de l’allaitement, pas un échec. Et il existe des méthodes douces pour que cette transition se passe bien, pour toi comme pour ton bébé.
Je t’explique dans ce guide comment sevrer en douceur, à quel rythme, et comment gérer les effets physiques et émotionnels de cette période.
L’essentiel à retenir
L’OMS recommande l’allaitement exclusif pendant 6 mois, puis la poursuite jusqu’à 2 ans ou plus avec diversification alimentaire (OMS, 2023).
En France, la durée médiane de l’allaitement total est de 20 semaines (environ 5 mois), en hausse par rapport aux 15 semaines de 2012 (Santé publique France, 2024).
Le sevrage progressif consiste à remplacer une tétée par un biberon tous les 3 jours environ (1000-premiers-jours.fr, 2025).
La baisse hormonale liée au sevrage peut provoquer un “milk blues”, une tristesse passagère mais réelle (La Leche League France, 2023).
Il n’y a pas de durée minimale d’allaitement ni d’âge imposé pour le sevrage. C’est ton choix (La Leche League France).
Découvre notre guide sur l’allaitement ou biberon.
Quel est le bon moment pour commencer le sevrage ?
Il n’existe pas de “bon” moment universel pour sevrer. Le bon moment, c’est celui qui te convient, à toi et à ton bébé.
Ce que disent les recommandations officielles
L’Organisation mondiale de la santé recommande l’allaitement maternel exclusif pendant les 6 premiers mois, puis la poursuite de l’allaitement jusqu’à 2 ans ou plus, en complément d’une alimentation diversifiée. (OMS, 2023)
La HAS reprend cette recommandation pour les nourrissons nés à terme et en bonne santé. (HAS, 2006)
En pratique, en France, 77 % des bébés sont allaités à la maternité, mais à 2 mois, seuls 34,4 % sont encore allaités exclusivement. (Ameli.fr, 2024)
Les raisons courantes de sevrer
Les raisons les plus fréquentes de sevrage avant 2 mois sont la praticité perçue du biberon et la perception de lait insuffisant (76 % des cas chacune). (Santé publique France, 2024)
D’autres raisons fréquentes :
- Reprise du travail : la date approche et tu veux que ton bébé accepte le biberon
- Fatigue ou épuisement : allaiter demande beaucoup d’énergie, surtout la nuit
- Raisons médicales : traitement incompatible avec l’allaitement
- Choix personnel : tu sens que c’est le bon moment pour toi et ton couple
- Grossesse en cours : certaines mamans sèvrent pendant une nouvelle grossesse
Mon conseil : ne te justifie pas. Si tu as décidé de sevrer, c’est ta décision et elle mérite d’être respectée.
Si tu reprends le travail et que tu te poses des questions sur tes droits, consulte notre guide sur le congé maternité 2026.
Comment sevrer progressivement ?

Le sevrage progressif est la méthode la plus douce, tant pour ton corps que pour ton bébé. Le principe est simple : réduire les tétées une par une, en laissant à ton corps le temps de diminuer sa production de lait.
La méthode pas à pas
Le site 1000-premiers-jours.fr recommande de remplacer une tétée par un biberon tous les 3 jours environ. (1000-premiers-jours.fr, 2025)
Voici comment procéder concrètement :
Semaine 1 : Remplace la tétée la moins “importante” pour ton bébé. En général, c’est celle du milieu de journée (ni la première du matin, ni la dernière du soir).
Semaine 2 : Remplace une deuxième tétée, en gardant toujours les tétées du matin et du soir.
Semaine 3 : Remplace la tétée du matin.
Semaine 4 : Supprime la dernière tétée, celle du soir (souvent la plus chargée émotionnellement).
Combien de temps dure un sevrage complet ?
Un sevrage progressif prend en général 2 à 4 semaines si tu allaitais 6 à 8 fois par jour. Un sevrage rapide peut se faire en 2 à 3 semaines, mais il augmente le risque d’engorgement. (La Leche League France, 2014)
L’option de l’allaitement mixte
Tu n’es pas obligée de sevrer complètement. L’allaitement mixte (sein + biberon) est une option qui permet de garder les tétées qui comptent le plus pour toi. En France, 19,8 % des mères pratiquent l’allaitement mixte à 2 mois. (Ameli.fr, 2024)
Ameli.fr recommande de garder les tétées du matin et du soir si tu souhaites poursuivre partiellement. (Ameli.fr, 2024)
Et si mon bébé refuse le biberon ?
C’est l’un des défis les plus fréquents du sevrage, surtout chez les bébés allaités exclusivement.
Pourquoi bébé refuse
Ton bébé connaît le sein depuis sa naissance. Le biberon, c’est un objet différent, une texture différente, un débit différent. Certains bébés refusent tout simplement de changer.
Les astuces qui fonctionnent
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Fais donner le premier biberon par quelqu’un d’autre (le papa, une grand-mère). Ton bébé sent ton odeur de lait et comprend que le sein est disponible. (La Leche League France, 2014)
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Commence par de petites quantités : 30 ml suffisent pour un premier essai
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Teste plusieurs tétines : débit, forme, matière. Certains bébés préfèrent les tétines à débit lent qui imitent le sein
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Essaie la position verticale : la technique BAABA (“Bébé Assis Actif pour un Biberon Apaisé”) place le bébé en position semi-assise plutôt qu’allongé
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Si le biberon ne passe vraiment pas, essaie la tasse à bec ou le verre ouvert (dès 6 mois). Certains bébés préfèrent cette option. (1000-premiers-jours.fr, 2025)
Mon conseil : ne force jamais. Si ton bébé refuse un jour, réessaie le lendemain dans un autre contexte. La patience est ta meilleure alliée.
Comment gérer l’engorgement pendant le sevrage ?
Quand tu réduis les tétées, ton corps met quelques jours à s’adapter. Tes seins peuvent devenir tendus, gonflés, douloureux. C’est l’engorgement, et c’est normal.
Les gestes pour soulager
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Applique du froid sur tes seins : poches de gel réfrigérées ou feuilles de chou vert (lavées et réfrigérées dans ton soutien-gorge)
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Exprime juste un peu de lait à la main si la tension est trop forte, mais pas au tire-lait (qui relancerait la production)
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Porte un soutien-gorge de maintien confortable, sans trop serrer
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Prends du paracétamol si la douleur est forte (après avis médical)
Les signaux d’alerte
Consulte ta sage-femme ou ton médecin si :
- Tu observes une zone rouge, chaude et douloureuse sur un sein
- Ta fièvre dépasse 38,5 degC pendant plus de 24 heures
- Tu ressens des frissons et un malaise général
Ces signes peuvent indiquer une mastite (inflammation du sein) qui nécessite une prise en charge rapide. (Ameli.fr, 2024)
Pour tout savoir sur l’engorgement, consulte notre article sur la montée de lait.
Sevrage et émotions : le “milk blues”, c’est quoi ?
On parle beaucoup de la dimension physique du sevrage, mais rarement de ce qui se passe dans ta tête et dans ton coeur. Et pourtant, c’est souvent le plus difficile.
Les changements hormonaux
Quand tu allaites, ton corps produit de la prolactine et de l’ocytocine, deux hormones associées au bien-être et à l’attachement. Le sevrage provoque une baisse brutale de ces hormones, ce qui peut affecter ton humeur de manière intense et durable. (La Leche League France, 2023)
Les émotions fréquentes
Le vécu émotionnel du sevrage varie beaucoup selon le contexte :
| Situation | Émotion dominante |
|---|---|
| Sevrage choisi et progressif | Fierté, accomplissement, nostalgie douce |
| Sevrage imposé (travail, raison médicale) | Frustration, culpabilité, sentiment d’injustice |
| Sevrage précoce non désiré | Honte, sentiment d’échec, tristesse |
| Refus soudain du sein par le bébé | Désorientation, sentiment de rejet |
| Sevrage naturel guidé par l’enfant | Sérénité, accomplissement |
(La Leche League France, 2023)
Quand la tristesse s’installe
Le “milk blues” est un phénomène réel mais encore peu connu des professionnels de santé. Il se manifeste par une tristesse inexpliquée, des sautes d’humeur, de l’irritabilité ou un sentiment de vide dans les jours ou semaines suivant le sevrage.
Si ces symptômes persistent au-delà de 2 à 3 semaines ou s’aggravent, consulte ton médecin. Le sevrage peut parfois déclencher une dépression post-sevrage qui nécessite un accompagnement. (La Leche League France, 2023)
Pour mieux comprendre la différence entre un passage difficile et une dépression, lis notre article sur le baby blues vs dépression post-partum.
Peut-on sevrer avant 4 mois ?
Oui, mais le sevrage avant 4 mois demande un peu plus de vigilance, car ton bébé est encore très jeune et la lactation est intense.
Les précautions spécifiques
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Le sevrage prendra probablement plus de temps car la production de lait est à son maximum
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La Leche League recommande, si possible, d’attendre 4 mois pour que la lactation soit bien établie avant d’introduire le biberon. (La Leche League France, 2014)
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Avant 4 mois, le seul substitut est le lait infantile (pas de diversification alimentaire possible)
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L’engorgement peut être plus intense, surveille tes seins attentivement
Le choix du lait infantile
Ton pédiatre ou ta sage-femme te guidera vers un lait infantile 1er âge (0-6 mois) adapté. Tous les laits infantiles vendus en France sont soumis à une réglementation stricte et couvrent les besoins nutritionnels de ton bébé.
Pour bien préparer la suite et ne rien oublier, consulte notre checklist valise maternité.
Si tu te demandes comment gérer l’alimentation dans les premiers mois, consulte notre guide sur la diversification alimentaire de bébé.
Comment bien vivre le sevrage en couple ?

Le sevrage est aussi une affaire de couple. Le site 1000-premiers-jours.fr rappelle l’importance du soutien du partenaire dans cette transition. (1000-premiers-jours.fr, 2025)
Le rôle du partenaire
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Donner les premiers biberons : c’est souvent plus facile si c’est le papa ou l’autre parent qui propose le biberon au début
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Prendre le relais la nuit : si le sevrage inclut la tétée nocturne, le partenaire peut aller consoler le bébé
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Écouter sans minimiser : la tristesse du sevrage est réelle, même si “tout va bien objectivement”
Retrouver un nouvel équilibre
Le sevrage redistribue les rôles. Pendant l’allaitement, tu étais la seule à pouvoir nourrir ton bébé. Avec le biberon, le partenaire entre pleinement dans la danse. C’est un changement positif pour beaucoup de familles.
Pour les indispensables de cette période, consulte notre trousse de survie post-partum.
Existe-t-il des médicaments pour stopper la lactation ?
Des médicaments à base de dérivés de l’ergot de seigle peuvent bloquer la production de prolactine. Cependant, ces médicaments ne sont pas recommandés en systématique pour prévenir ou gérer l’inconfort de la montée de lait ou du sevrage. (VIDAL, 2019)
Ils ne sont prescrits que dans des situations médicales spécifiques. Dans la grande majorité des cas, le sevrage progressif suffit à ce que la production s’arrête naturellement en quelques semaines.
Mon conseil : ne prends jamais de médicament pour stopper la lactation sans avis médical. Le sevrage progressif est la méthode la plus sûre et la plus confortable.
FAQ : questions fréquentes sur le sevrage de l’allaitement
En combien de temps peut-on sevrer complètement ?
Un sevrage progressif prend en général 2 à 4 semaines si tu allaitais 6 à 8 fois par jour. La méthode recommandée consiste à remplacer une tétée par un biberon tous les 3 jours environ. Plus le sevrage est progressif, plus il est confortable pour toi et ton bébé. (1000-premiers-jours.fr, 2025)
Quelle tétée supprimer en premier ?
Commence par la tétée la moins investie émotionnellement, souvent celle du milieu de journée. Garde les tétées du matin et du soir en dernier, car ce sont souvent les plus importantes pour le lien avec ton bébé et les plus confortables pour toi.
Mon bébé de 3 mois refuse le biberon. Que faire ?
C’est fréquent chez les bébés allaités exclusivement. Fais donner le biberon par quelqu’un d’autre que toi, teste plusieurs types de tétines, et propose de petites quantités (30 ml). Si le biberon est vraiment refusé, la tasse à bec ou le verre ouvert sont des alternatives dès 6 mois. (1000-premiers-jours.fr, 2025)
Le sevrage provoque-t-il une dépression ?
Le sevrage s’accompagne d’une baisse hormonale (prolactine et ocytocine) qui peut provoquer un “milk blues” : tristesse, irritabilité, sentiment de vide. Ce phénomène est temporaire dans la plupart des cas. Si les symptômes persistent au-delà de 2 à 3 semaines ou s’aggravent, consulte ton médecin. (La Leche League France, 2023)
Peut-on reprendre l’allaitement après avoir commencé le sevrage ?
Oui, c’est possible si la production n’a pas complètement cessé. C’est ce qu’on appelle la relactation. Plus le sevrage est récent et progressif, plus les chances de succès sont élevées. Consulte une consultante en lactation (IBCLC) pour t’accompagner.
À quel âge est-il recommandé de sevrer ?
Il n’y a pas d’âge imposé. L’OMS recommande de poursuivre l’allaitement jusqu’à 2 ans ou plus. En France, la durée médiane est de 20 semaines. Le “bon” moment, c’est celui qui te convient. (OMS, 2023 ; Santé publique France, 2024)
Faut-il continuer à manger spécifiquement pendant le sevrage ?
Tu peux progressivement reprendre une alimentation normale. Pendant le sevrage, maintiens une bonne hydratation et une alimentation équilibrée. Si tu avais augmenté tes apports caloriques pour l’allaitement (environ 500 kcal/jour en plus), réduis-les progressivement pour éviter une prise de poids.
Ce qu’il faut retenir
Le sevrage est une étape naturelle de l’allaitement, pas une fin brutale. Que tu choisisses de sevrer à 2 mois ou à 2 ans, la méthode progressive reste la plus douce pour ton corps et pour ton bébé. Et si tu traverses un moment émotionnel difficile pendant cette transition, sache que c’est normal et que tu n’es pas seule.
Tes 6 repères :
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Pas de bon moment universel : le bon moment, c’est celui qui te convient, à toi et à ton bébé
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Une tétée à la fois : remplace une tétée par un biberon tous les 3 jours pour un sevrage en douceur
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Garde les tétées du matin et du soir : ce sont les dernières à supprimer si tu veux un allaitement partiel
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Froid sur les seins : en cas d’engorgement, applique du froid et exprime juste un peu de lait à la main
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Le milk blues existe : la baisse de prolactine et d’ocytocine peut provoquer une tristesse passagère
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Pas de médicament en systématique : le sevrage progressif suffit dans la grande majorité des cas
Si tu veux aller plus loin, lis notre guide sur l’allaitement ou biberon.
Consulte notre article sur la montée de lait : déroulement et solutions.
Pour la suite, consulte notre guide sur la rééducation périnéale après accouchement.
Découvre aussi notre article sur le retour de couches.
Par Emma Hally, fondatrice de Secrets de Maman.
Cet article est basé sur les recommandations de l’OMS, de la HAS, d’Ameli.fr, de 1000-premiers-jours.fr et de la La Leche League France. Il ne se substitue pas à un avis médical. Consulte ta sage-femme ou ton médecin pour un accompagnement personnalisé.
Sources :
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Santé publique France : Alimentation des tout-petits, enquête Épifane 2021 (2024)
-
HAS : Allaitement maternel : mise en oeuvre et poursuite dans les 6 premiers mois (2006)
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1000-premiers-jours.fr : Allaitement : le sevrage de bébé (2025)
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La Leche League France : Sevrage d’un enfant de moins de 6 mois (2014)
-
La Leche League France : Comment les mères vivent la fin de l’allaitement (2023)
-
VIDAL : Suivi médical de la mère après l’accouchement (2019)