Tu as un mal de tête carabiné depuis ce matin. Tu tends la main vers le Doliprane, puis tu t’arrêtes. Et si ce n’était pas autorisé enceinte ? Tu vérifies sur Google, tu tombes sur des forums contradictoires, tu hésites entre prendre et ne pas prendre.
Je connais cette situation. Et si je ne devais te retenir qu’une chose de cet article, ce serait celle-ci : le paracétamol est ton ami, l’ibuprofène est ton ennemi après 5 mois. Tout le reste se précise selon les situations.
Dans ce guide complet, je t’explique exactement quels médicaments tu peux prendre pendant ta grossesse, lesquels sont dangereux, et comment ne pas te retrouver bloquée à 2h du matin face à un mal de gorge sans savoir quoi faire. Tout est sourcé sur les recommandations officielles de l’ANSM, du CRAT et d’Ameli.fr.
L’essentiel à retenir
Environ 80 % des femmes enceintes prennent au moins un médicament pendant leur grossesse (ScienceDirect, Étude SNDS, 2021).
Le paracétamol (Doliprane, Efferalgan) est l’antidouleur et l’antipyrétique de référence pendant toute la grossesse, à tous les trimestres (CRAT, 2025).
L’ibuprofène et tous les AINS sont formellement contre-indiqués à partir de 24 SA (début du 6e mois), avec des risques cardiaques et rénaux graves pour le bébé (ANSM, 2025).
Les pénicillines (amoxicilline, Augmentin) sont les antibiotiques de première intention, sûrs à tout terme (CRAT, 2025).
À partir du 1er jour du 6e mois, tous tes frais médicaux (y compris les médicaments) sont pris en charge à 100 % par l’Assurance Maladie (Service-Public.fr, 2026).
Découvre notre guide sur les nausées de grossesse : causes, durée et solutions.
Quelles sont les règles de base pour les médicaments enceinte ?
Avant de rentrer dans le détail de chaque catégorie, voici les quatre règles fondamentales validées par toutes les autorités sanitaires françaises.
Ne jamais s’automédiquer sans demander avis. Même un médicament en vente libre peut être dangereux pendant la grossesse. “En vente libre” ne signifie pas “autorisé enceinte” (Ameli.fr, 2025).
Ne jamais arrêter un traitement en cours sans en parler à ton médecin. Si tu prends un médicament chronique pour la thyroïde, l’hypertension ou l’épilepsie, ne l’arrête pas brutalement parce que tu es enceinte. L’arrêt brutal peut être plus dangereux que la poursuite du traitement.
Informer tous tes professionnels de santé. Ton dentiste, ton rhumatologue, ton urgentiste : ils doivent tous savoir que tu es enceinte avant de te prescrire quoi que ce soit.
Les plantes et huiles essentielles ne sont pas exemptées. Beaucoup de femmes pensent que “naturel” égale “sans risque”. Ce n’est pas le cas. Certaines huiles essentielles et plantes médicinales sont utérotoxiques ou embryotoxiques. Le doute doit toujours bénéficier à la prudence (ANSM, 2024).
Le paracétamol (Doliprane, Efferalgan) : l’antidouleur de référence

C’est la bonne nouvelle. Tu peux prendre du paracétamol enceinte. À tous les trimestres. Sans restriction de terme.
Le CRAT (Centre de Référence sur les Agents Tératogènes) le qualifie d’antalgique de palier 1 et antipyrétique de choix chez la femme enceinte. Aucun effet malformatif, foetal ou néonatal ne lui a été attribué après des décennies d’utilisation à travers le monde (CRAT, 2025).
Comment bien l’utiliser ?
Quelques règles à respecter pour un usage sûr :
- Prends la posologie minimale efficace (500 mg ou 1 g selon l’intensité de la douleur)
- Pour la durée la plus courte possible
- Ne dépasse pas 4 g par jour (4 comprimés à 1 g ou 8 comprimés à 500 mg)
- Si la douleur ou la fièvre ne passe pas en 48 à 72 heures, consulte ton médecin ou ta sage-femme
Et les études qui mettent en doute le paracétamol ?
Tu as peut-être lu des études associant le paracétamol à des cryptorchidies (testicules non descendus) ou à des troubles neurodéveloppementaux chez le bébé. Le CRAT et l’ANSM ont analysé ces données. Leur conclusion : les méthodologies utilisées ne permettent pas de valider ces associations. Le rapport bénéfice/risque reste largement en faveur de son utilisation pendant la grossesse (CRAT, 2025).
Ibuprofène, aspirine, AINS : ce que tu dois absolument savoir
C’est l’erreur la plus dangereuse que je rencontre sur les forums. Des femmes enceintes qui prennent de l’ibuprofène “parce que ça fait moins mal à l’estomac que le Doliprane”. Et pourtant, c’est l’une des contre-indications les plus formelles qui existe pendant la grossesse.
Avant 24 semaines d’aménorrhée (les 5 premiers mois)
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (ibuprofène, kétoprofène, naproxène, diclofénac) sont utilisables ponctuellement en début de grossesse. Mais les prises répétées sont à éviter. Un comprimé isolé ne déclenche pas de catastrophe, mais ce ne doit pas devenir ton antidouleur habituel (CRAT, 2025).
À partir de 24 SA (début du 6e mois) : interdiction absolue
C’est là que ça devient critique. À partir de 24 semaines d’aménorrhée, les AINS sont formellement contre-indiqués, même en prise unique, quelle que soit la voie d’administration.
Les risques pour le bébé à partir de ce stade sont graves :
- Constriction du canal artériel : le bébé peut développer une hypertension artérielle pulmonaire irréversible
- Atteinte rénale foetale : réduction du liquide amniotique, risque d’anurie (absence totale d’urine)
- Risque de mort foetale dans les cas les plus graves
L’ANSM a publié en avril 2025 un bilan alarmant : entre 2018 et 2023, plus de 700 000 femmes enceintes ont été exposées aux AINS, dont 26 000 après le 5e mois, période où ils sont formellement interdits (ANSM, 2025).
Et l’aspirine ?
L’aspirine à faible dose (75 à 100 mg), comme l’aspirine protecteur cardio, peut être prescrite par un médecin enceinte pour prévenir certaines complications comme la prééclampsie. C’est une prescription médicale, pas de l’automédication. L’aspirine antidouleur à 500 mg ou 1 g est déconseillée et doit être remplacée par le paracétamol.
Quels antibiotiques sont autorisés enceinte ?
Si tu as une infection nécessitant un antibiotique, ton médecin ou ta sage-femme peut tout à fait te prescrire un traitement compatible avec ta grossesse. Plusieurs familles sont bien documentées et sûres.
Antibiotiques autorisés à tous les termes
- Pénicillines : l’amoxicilline (Clamoxyl), l’association amoxicilline-acide clavulanique (Augmentin), la pénicilline V. Ce sont les plus utilisées pendant la grossesse, avec un recul considérable. Aucun effet malformatif connu (CRAT, 2025).
- Céphalosporines : ceftriaxone, céfixime, céfuroxime. Profil de sécurité bien établi à tous les trimestres.
- Macrolides : l’érythromycine et l’azithromycine sont utilisables. La clarithromycine et la roxithromycine sont à éviter.
Antibiotiques à éviter ou contre-indiqués
- Tétracyclines / doxycycline : à éviter à partir du 2e trimestre car elles colorent définitivement les dents de lait du bébé. Contre-indiquées à partir du 4e mois (CRAT, 2025).
- Quinolones / fluoroquinolones (ciprofloxacine, ofloxacine) : habituellement déconseillées, à réserver aux situations sans alternative thérapeutique.
- Aminosides (gentamicine, amikacine) : risque de toxicité auditive pour le bébé, à éviter sauf nécessité absolue.
Que prendre pour le rhume, la toux et les nausées enceinte ?
C’est la catégorie la plus délicate, parce que ce sont des troubles très fréquents, souvent traités avec des médicaments achetés en pharmacie sans ordonnance.
Pour le rhume et la congestion nasale
La première intention, c’est le lavage nasal au sérum physiologique (spray d’eau de mer ou sérum physiologique classique). C’est sûr, efficace et peu coûteux.
Si un médicament est nécessaire :
– Antihistaminiques (cétirizine/Zyrtec, loratadine, desloratadine, fexofénadine) : autorisés à tous les trimestres (CRAT, 2025)
– Corticoïdes nasaux locaux : autorisés, action locale uniquement
Ce qu’il faut absolument éviter : les vasoconstricteurs oraux comme la phényléphrine ou la pseudoéphédrine. On les trouve dans des médicaments courants comme Humex, Rhinadvil ou Sudafed. Ils peuvent provoquer des contractions utérines et sont formellement déconseillés pendant la grossesse.
Pour la toux
- Dextrométhorphane (Tussidane) et codéine (Néocodion, Padéryl) : utilisables à tous les termes, en respectant les doses et pour une durée courte (CRAT, 2025)
- Expectorants : ambroxol, carbocistéine, acétylcystéine sont possibles, de préférence après le 1er trimestre pour l’ambroxol
- À éviter : les spécialités à base de plantes dont les données pendant la grossesse sont insuffisantes
Pour les nausées

Les nausées de grossesse touchent la grande majorité des femmes enceintes au 1er trimestre. Si les mesures non médicamenteuses ne suffisent pas (fractionnement des repas, gingembre 250 mg x 4/j pendant 4 jours, vitamine B6), plusieurs médicaments sont disponibles sur prescription.
- Doxylamine seule (Donormyl) ou associée à la vitamine B6 (Cariban, Xonvea) : c’est la 1re ligne recommandée par le CRAT (CRAT, 2025)
- Métoclopramide (Primpéran) : possible à tous les termes, indiqué pour les vomissements plus sévères
- Ondansétron (Zophren) : de préférence après 10 semaines d’aménorrhée
Pour les nausées intenses avec perte de poids significative, consulte ton médecin. L’hyperémèse gravidique nécessite une prise en charge spécialisée (Ameli.fr, 2024).
Constipation et brûlures d’estomac : quels médicaments prendre ?
Deux troubles extrêmement communs pendant la grossesse. Bonne nouvelle : des solutions médicamenteuses existent et sont bien tolérées.
Pour la constipation
La première intention reste toujours les mesures hygiéno-diététiques : fibres, hydratation, activité physique. Si ça ne suffit pas, ces laxatifs sont autorisés à tout terme :
- Macrogol (Forlax, Movicol) : laxatif osmotique, peu absorbé, autorisé à tout terme
- Lactulose (Duphalac) : non absorbé au niveau intestinal, sécurité bien établie
- Psyllium : laxatif de lest naturel, bien toléré
Ce qu’il faut éviter : les laxatifs stimulants comme le séné, la bourdaine ou l’aloès. Ils peuvent déclencher des contractions utérines (CRAT, 2025).
Notre guide sur la constipation pendant la grossesse donne des conseils nutritionnels complémentaires.
Pour les brûlures d’estomac et le RGO
Le reflux gastro-oesophagien touche plus de 70 % des femmes enceintes au 3e trimestre. Plusieurs options sont disponibles et sûres :
- Alginates (Gaviscon) : 1re intention, action purement locale, aucune absorption systémique
- Antiacides (Maalox, sels d’aluminium et de magnésium) : efficaces pour les brûlures ponctuelles
- Inhibiteurs de la pompe à protons (oméprazole/Mopral, ésoméprazole/Inexium, pantoprazole) : autorisés à tous les termes (CRAT, 2025)
- Anti-H2 (famotidine) : également utilisables
Notre guide sur les brûlures d’estomac enceinte détaille les causes et les mesures non médicamenteuses.
Quels médicaments sont absolument interdits pendant la grossesse ?
L’ANSM a rendu obligatoire depuis 2017 un système de pictogrammes sur les boîtes de médicaments. Deux symboles t’alertent directement.
Le triangle rouge : “médicament + grossesse = danger”. Ces médicaments ne peuvent être utilisés que s’il n’existe pas d’alternative, sous surveillance médicale stricte.
Le cercle rouge barré : “médicament + grossesse = interdit”. Ces médicaments ne doivent en aucun cas être consommés pendant la grossesse.
Les médicaments avec le cercle rouge barré (tératogènes certifiés) incluent notamment (CRAT, 2025) :
- Acide valproïque (Dépakine) : malformations congénitales sévères et troubles du neurodéveloppement documentés. Un programme national de prévention encadre sa prescription.
- Isotrétinoïne (Roaccutane) : malformations gravissimes. Prescription sous contraception obligatoire.
- Méthotrexate : anticancéreux fortement tératogène.
- Topiramate (Epitomax) : utilisé contre l’épilepsie et les migraines. Malformations et retard de développement documentés.
- Mycophénolate (Cellcept) : immunosuppresseur utilisé après greffe.
Si tu prends l’un de ces médicaments pour une pathologie chronique, ne l’arrête pas brutalement. Consulte ton médecin en urgence pour une alternative : dans la grande majorité des cas, une substitution est possible et nécessaire.
FAQ : Questions fréquentes sur les médicaments pendant la grossesse
Peut-on prendre de l’ibuprofène au 1er trimestre si on ne savait pas être enceinte ?
Une prise ponctuelle d’ibuprofène très tôt en début de grossesse, avant même de savoir qu’on est enceinte, ne justifie pas une panique. Le risque est surtout lié aux prises régulières et à la période après 24 SA. Mentionne-le à ton médecin lors de ta prochaine consultation pour en discuter sereinement.
Peut-on prendre du Smecta ou de l’Imodium pour la diarrhée enceinte ?
Le diosmectite (Smecta) est autorisé pendant la grossesse. Le lopéramide (Imodium) est généralement déconseillé, surtout au 1er trimestre. Préfère le Smecta et une bonne hydratation. Si la diarrhée dure plus de 2 jours ou s’accompagne de fièvre, consulte immédiatement.
Les compléments alimentaires (magnésium, vitamine C) sont-ils des médicaments ?
Certains compléments peuvent interférer avec ta grossesse. Le magnésium est globalement bien toléré, mais à doses élevées il peut avoir des effets sur les contractions. La vitamine C en haute dose est déconseillée. Parles-en systématiquement à ton médecin ou ta sage-femme. Notre guide sur les compléments alimentaires pendant la grossesse fait le point complet.
Comment savoir si mon médicament est sûr enceinte ?
La ressource la plus fiable en France est le site du CRAT (Centre de Référence sur les Agents Tératogènes) : lecrat.fr. C’est la base de données de référence, actualisée régulièrement, consultable gratuitement par les professionnels de santé et les particuliers. Tu peux y chercher le nom de ton médicament et obtenir une évaluation du risque actualisée.
Peut-on prendre des sirops à base de plantes pour la toux enceinte ?
Les sirops “naturels” à base de thym, marrube ou eucalyptus manquent souvent de données de sécurité pendant la grossesse. Un sirop maison à base de miel et citron est sans danger. Mais pour les spécialités vendues en pharmacie, lis toujours la notice et demande conseil à ton pharmacien avant d’acheter, même pour un produit étiqueté “naturel”.
Faut-il arrêter un traitement pour le reflux ou la thyroïde pendant la grossesse ?
Non, dans presque tous les cas. Les traitements pour le reflux (IPP, Gaviscon) sont autorisés pendant la grossesse. Pour la thyroïde, la lévothyroxine (Levothyrox) est non seulement autorisée mais souvent indispensable, parfois même à doses majorées pendant la grossesse. Ne change jamais ton traitement sans en parler à ton médecin.
Y a-t-il des médicaments remboursés à 100 % enceinte ?
Oui. À partir du 1er jour du 6e mois de grossesse et jusqu’à 12 jours après l’accouchement, tous tes frais médicaux remboursables, y compris les médicaments, sont pris en charge à 100 % sans avance de frais, qu’ils soient liés ou non à la grossesse (Service-Public.fr, 2026).
Ce qu’il faut retenir
Les médicaments pendant la grossesse ne sont pas tous interdits. L’immense majorité des situations courantes (douleurs, fièvre, rhume, nausées, constipation, brûlures d’estomac) ont une solution médicale sûre et documentée. Ce qui fait la différence, c’est de savoir lesquels choisir et à quel moment.
Tes 7 repères :
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Paracétamol = autorisé à tout terme, c’est ton antidouleur et antipyrétique de référence
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Ibuprofène = interdit après 5 mois, et à éviter de manière chronique dès le départ
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Pénicillines = antibiotiques de référence pendant la grossesse, sans risque documenté
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Vasoconstricteurs nasaux = interdits (Humex, Rhinadvil…), même pour un simple rhume
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Laxatifs stimulants = à éviter, préfère le macrogol ou le lactulose
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CRAT = ta référence pour vérifier n’importe quel médicament : lecrat.fr
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Doute = appel à ta sage-femme ou ton médecin, ne t’automédiquer jamais seule pendant la grossesse
Si tu veux aller plus loin, lis notre guide sur l’infection urinaire pendant la grossesse.
Par Emma Hally, fondatrice de Secrets de Maman.
Cet article est basé sur les recommandations de l’ANSM, du CRAT et d’Ameli.fr. Il ne se substitue pas à un avis médical. Consulte ton médecin ou ta sage-femme pour un accompagnement personnalisé.
Sources :
-
Médicaments et grossesse – Ameli.fr (28 avril 2025)
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AINS chez les femmes enceintes : améliorer l’information – ANSM (25 avril 2025)
-
Enceinte, les médicaments c’est toujours pas n’importe comment – ANSM (mars 2024)
-
Rhinite et grossesse – CRAT (2025)
-
Laxatifs et grossesse – CRAT (2025)
-
Nausées et vomissements de grossesse – Ameli.fr (août 2024)
-
Prise en charge à 100 % pendant la grossesse – Service-Public.fr (2026)
-
Médicaments pendant la grossesse et l’allaitement – 1000-premiers-jours.fr (août 2024)
-
La consommation médicamenteuse en cours de grossesse en France – ScienceDirect (2021)